Résumé d'une mission pour élaborer une stratégie de développement pour les Comores (DSP), en vue du 9ème FED (Fonds européen de développement)

Présentation des Comores en 2008.
Situé au nord du canal de Mozambique, l’archipel des Comores comprend quatre îles dont trois: Grande Comore (Ngazidja), Anjouan (Ndzouani) et Mohéli (Mwali), qui couvrent 1 861 km2, constituent l’Union des Comores; l’île de Mayotte (Maoré) est restée française à l’indépendance. La population est estimée à 600 000 habitants, avec une densité moyenne très élevée de 320 hab./km2. Avec un PIB/hab. évalué à 520 € et un indice de développement humain (IDH) qui les place au 132e rang sur 177 pays en 2005, les Comores font partie des pays les moins avancés dont l’économie insulaire est peu diversifiée et peu productive.

Tous les indicateurs économiques soulignent la situation difficile des Comores et confirment la stagnation, voire la régression de l’économie et l’aggravation de la pauvreté.

En résumé, cette économie est marquée par :
-    Un très fort déséquilibre de la balance des paiements (le poids de la dette extérieure est de 80% du PIB).
-    Un très fort déficit négatif structurel de la balance commerciale, avec un faible taux de couverture des  importations de 16,9% en valeur en 1999 (source Banque centrale), en légère amélioration conjoncturelle (10% en 1997).
-    De faibles ressources exportables, les seuls produits d’exportation étant trois productions agricoles (vanille, ylang-ylang, clou de girofle) qui ont représenté 96% des exportations en 2000. L’embellie constatée depuis 1996 est conjoncturelle (source MFBP).
-    Le volume des marchandises exportées est dans un rapport 1,5% par rapport au volume des marchandises importées (1.932 tonnes /127.430 tonnes en 1999). Les bateaux repartent vides, d’où un renchérissement du coût unitaire du transport. Ceci traduit une grande dépendance vis à vis de l’extérieur pour les denrées alimentaires de première nécessité : riz, viande, farine… (source Banque centrale et Direction des Douanes).

L’ensemble des indicateurs traduisent la faiblesse des ressources propres du pays.


OBJECTIFS du DSP

L'objectif général est de lutter contre la pauvreté, d'améliorer les conditions de vie de la
population et de sauvegarder le patrimoine naturel, seule ressource valorisable

Les objectifs spécifiques sont:
    1° améliorer la gestion des affaires publiques dans un Etat de droit,
    2° assurer la stabilité politique pour rassurer les investisseurs,
    3° prendre les dispositions  pour créer les conditions favorables à l'investissement étranger et à un véritable développement économique durable,
    4° valoriser l'environnement,
    5° organiser les formations professionnelles dont le pays a besoin (maintenance, services et     exploitation) pour répondre à la demande des investisseurs,
    6° faciliter l'ouverture des Comores aux marchés financiers,
7° faciliter l’émergence d’une société civile responsable et active, avec la participation accrue des femmes.

 
RÉSUMÉ du DSP


Un document de restitution de l’analyse dit DSP a finalement été produit et a été considéré, explicitement, par la partie comorienne comme une base objective de discussion. Il identifie les besoins prioritaires de base suivants :

1.    Réalisation, sécurisation et pérennisation des équipements de base pour la production d’énergie électrique et l’alimentation en eau potable des populations. Il est à noter que sur une population de plus de 550.000 habitants, moins de 20.000 foyers ont accès à l’électricité. Le nombre de foyers raccordés au réseau d’eau potable est inférieur à 10.000.

2.    Développement et rationalisation du transport entre les îles d’une part, et entre les Comores et leur environnement régional et international, d’autre part : sécurisation des infrastructures portuaires, aéroportuaires et de transport.

Les autres projets présentés dans le DSP sont :

1.    Structuration et promotion du produit touristique « Comores »  
2.    Renforcement des capacités institutionnelles pour la bonne gouvernance dans les trois îles (en prévision au futur cadre institutionnel du pays).
3.    Renforcement des capacités d’action de la société civile.
4.    Assistance à mobiliser pour l’appui à la mise en œuvre et au suivi des projets
 
Ces projets ont été jugés prioritaires et indispensables au développement et à la lutte contre la pauvreté. Ils représentent l’axe stratégique pour le développement du pays.


CONCLUSION

Le document élaboré, fruit des différentes concertations avec tous les acteurs de la société comorienne : l’Etat Comorien et les différents acteurs non étatiques, reflète les orientations et les besoins exprimés lors de la concertation.

La plupart des bailleurs de fonds aux Comores ont globalement souscrit à l’analyse qu’il contient notons en particulier l’avis de l’Ambassadeur de France représentant la Présidence de l’Union Européenne : « ...le document intitulé « document de stratégie de pays » qui a retenu toute mon attention, paraît constituer une base fort intéressante pour l’action de l’Union Européenne aux Comores ».

Malgré tout, la stratégie développée dans un document de 381 pages (avec un résumé de 33 pages) n’a pas été retenue par la Commission Européenne.

Les raisons en sont essentiellement dogmatiques. En effet, l’énergie, comme le transport, appartiennent aux domaines concurrentiels. C’est donc, d’après la Commission européenne, au secteur privé de s’en occuper. Cette position est évidemment en contradiction totale avec les capacités d’investissement du secteur privé local. L’aide qui a été préconisée dans le DSP était destinée au démarrage des opérations.

Huit ans après la rédaction de ce projet la situation aux Comores s’est encore dégradée.

NB. La Commission a refusé cette aide décisive pour le démarrage du développement des Comores, par contre la France (par ailleurs gros contributeur au FED) a dû financer, sans aucune retombée économique, l’achat d’un bateau pour reconduire aux Comores les clandestins débarquant à Mayotte, île des Comores et département français. Les dépenses de la France auraient sans doute été plus productives de développement, si elles avaient été consacrées au trafic inter-îles.

Il s’agit d’un exemple précis des incohérences, hélas fréquentes, entre les actions multilatérales et les actions bilatérales, comme du manque de coordination entre bailleurs de fonds.