Comprendre la crise post-électorale en Côte d’Ivoire

depuis le deuxième tour de l’élection présidentielle

du 28 novembre 2010

 

s’informer et s’indigner

du jeu trouble de la diplomatie française et de la

« Communauté internationale », puisque Laurent Gbagbo est le président légalement élu de la Côte d’Ivoire

 

 

Textes choisis

par Roger Démosthène Casanova

 

 

 

 

Sommaire

 

1 - La France et la « Communauté internationale » dans la crise ivoirienne 2010-2011

2 – Le contexte électoral ivoirien

3 – Opinions de juristes africains

4 – opinions d’intellectuels et de politiques africains ou de spécialistes

 

 

Sources documentaires

Jeune Afrique, Afrik.com, RFI, Abidjan.net, Marianne, Marianne2, Agoravox, San Finna, news.abidjan.net, Atlaséco, PUF, Wikipedia, midici.com, France5 (C dans l’air), Association SURVIE, cotedivoire.com, presse.lintelligentdabidjan.org, presse.ivorian.net, lefigaro.fr, lepost.fr, lemonde.fr, Amnesty international.

 

Auteurs et journalistes cités

Calixte Bayla, Pierre Sané, Pascal Airault, Venance Konan, Tiburce Koffi, Christophe Champion, Michel Galy, Véronique Tadjo, Tierno Monenembo, Alain Toussaint, Falila Gbadamassi, Realchange, Alain Léauthier, Hermann Yaméogo, Lassina Touré, Stéphanie Dubois de Prisque, Karim Guellaty, Gabriel Rougerie.


 

 

 

 

1 - La France et la « Communauté internationale » dans la crise ivoirienne 2010-2011

 

En Côte d’Ivoire la figure de proue, ou le bras armé,  de la « Communauté internationale » est la France, en particulier celle de monsieur Nicolas Sarkozy, mais messieurs Chirac et de Villepin ont leurs responsabilités dans la situation actuelle.

 

La « Communauté internationale » est occupée à régler le cas de la Libye et à chasser Mouammar Kadhafi, mais bientôt la Côte d’Ivoire reviendra au premier plan et il est à craindre que des actions guerrières, évidemment sous l’égide des Nations Unies, seront entreprises pour chasser monsieur Laurent Gbagbo. De fait, le peuple ivoirien aura encore à souffrir.

 

Notons incidemment que la même « Communauté internationale » qui soutien la révolte libyenne, et bombarde la Libye outrepassant la résolution  n° 1973[1], semble indifférente à la révolte qui frappe Bahreïn, où la révolte est en train d’être matée dans le sang avec l’aide de l’Arabie Saoudite, régime particulièrement répressif, mais « ami » des USA.

 

Il faut s’interroger aussi sur l’alibi commode de l’appel à la démocratie, brandi par la « Communauté internationale ». En effet s’agit-il d’un prétexte aux interventions armées, ou d’une volonté réelle d’instauration du pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple ? Ayant fait partie du peuple ivoirien pendant vingt-quatre ans de ma vie et y ayant encore des attaches, je me sens concerné et me pose cette question, tant je redoute la suite de l’histoire résultant des élections présidentielles du 28 novembre 2010 et de la position catégorique illégale de la « Communauté internationale ».

 

Chacun peut en effet constater que la préparation psychologique des peuples occidentaux, préalable à une intervention armée en Côte d’Ivoire, est en cours et qu’il ne semble plus faire de doute que seule la force pourra régler la crise dans le sens voulu par la « Communauté internationale ». D’ailleurs, le candidat battu, suivant la procédure ivoirienne légale, monsieur Alassane Ouattara (ainsi que son Premier Ministre, monsieur Guillaume Soro, chef des « ex-rebelles » du nord), appelle avec insistance et depuis longtemps à une intervention militaire pour chasser son concurrent monsieur Laurent Gbagbo, Président sortant, réélu.

 

Sinon, pourquoi en toutes occasions, le Président de la République Française martèlerait-il, y compris lors de cérémonies militaires, que monsieur Gbagbo doit partir et que c’est monsieur Alassane Ouattara qui est le Président élu de la Côte d’Ivoire ? Et il est suivi par la « Communauté internationale » et les médias français.

 

Dans ce contexte c’est peut-être une gageure de soutenir un point de vue différent. Je m’y risque cependant, rationnellement, sans haine et sans crainte. D’autant plus que la « Communauté internationale » qui exige le départ de monsieur Gbagbo, au nom de la démocratie ne brille pas par son respect de la démocratie en toutes circonstances. On peut même affirmer, sans crainte de contradictions sérieuses, que l’appréciation du respect des règles démocratiques par cette « Communauté internationale » est fonction de ses intérêts supposés ou réels, des lieux et des circonstances.

 

Puisque le scénario se répète lors de chaque crise internationale (Irak, Afghanistan, Yougoslavie, maintenant Libye et Côte d’Ivoire…), pour éclairer la scène, il faut donc commencer par aborder succinctement les ambiguïtés de cette «  Communauté internationale » en matière de respect de la démocratie, ou plutôt du respect du vote des peuples, puisque c’est ce qui est évoqué en Côte d’Ivoire.

 

Dans ce survol du comportement de la « Communauté internationale », commençons donc par la France « patrie des droits de l’Homme », de sa perception et de son respect du vote des citoyens.

 

Le dernier exemple en date est représentatif du mépris des gouvernants français pour les « votes », aussi bien du peuple français que de ceux des instances internationales et de la « Communauté internationale ». C’est ce qui s’est passé pour  la départementalisation de Mayotte. Soit, la transformation d’une île de l’archipel des Comores, entité reconnue par les Nations Unies, en département français de plein exercice en 2011. Il faut rappeler que les Comores, les Nations Unies, l’Union Africaine, et la Ligue Arabe ont voté des résolutions d’opposition à cette départementalisation, sans effet sur la décision du  gouvernement français.  Qui est passé outre tous ces « votes »[2].

 

Quand au « Peuple français » il y est fait référence au gré des circonstances. Ainsi, il n’a pas a été consulté directement par référendum pour l’annexion de Mayotte, alors qu’en 1988 et en 1998, sur la question du transfert de souveraineté à terme (vers 2018) à la Nouvelle Calédonie, il a été consulté par référendum. Cependant, en raison du risque d’un vote aléatoire pour raison de déséquilibre démographique en faveur des néo-calédoniens d’origine européenne (en effet, les Caldoches, d’origine européenne, sont majoritaires sur les Canaques -Kanak- mélanésiens, cas unique dans « l’empire français »), le gouvernement de Michel Rocard a décidé de couper le territoire en deux semble-t-il pour que les Kanak puissent être majoritaires sur la moitié nord de l’île !

 

Autre exemple du peu de cas fait par le gouvernement des « votes » du Peuple Français, le vote « NON », à 54 %, contre le traité constitutionnel européen. Ce vote, non conforme à la volonté de la majorité des décideurs politiques (la Nomenklatura, ou l’Oligarchie qui dirige, ou l’UMP+le PS) a été négligé et contourné par le Parlement qui l’a  approuvé. Il en a été de même du « NON » des Hollandais et celui des Irlandais. Ces votes « NON » ont été artificiellement transformés en votes « OUI ». Pas mal pour une région du monde, l’Europe, qui prétend imposer son modèle « démocratique » au monde entier.

 

Une autre question s’impose : les chiffres n’ont-il pas la même valeur en fonction des lieux et circonstance ? Puisque les 54 % de votes « NON » au traité constitutionnel ont été négligé, alors que la « Communauté internationale » s’agite et s’émeut que les 54 %, contestés, qu’aurait obtenu monsieur Alassane Dramane Ouattara, justifieraient une intervention militaire !

 

Et que dire de la représentativité de l’Assemblée Nationale française, d’où sont éliminés plus de 25 % des français du fait du mode de scrutin voulu par la majorité UMP+PS ?

 

Pour être objectif, la France n’est évidemment pas seule à pratiquer le respect sélectif des votes populaires. Il semble même que cette pratique soit l’apanage des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.

 

Ainsi, les fraudes massives constatées lors des élections de 2010 en Egypte, n’ont fait l’objet d’aucune déclaration de la part de la « Communauté internationale ». On a d‘ailleurs pu constater la validité et la durabilité d’un vote à plus de 80 % en faveur de monsieur Moubarak, rejeté par la rue moins d’un an après les résultats « admirables » obtenus lors de l’élection. Même remarque pour le vote tunisien en faveur de monsieur Ben Ali. Les exemples du mépris des « votes » par la « Communauté internationale » ne manquent pas. En voici encore quelques uns.

 

Les élections algériennes de 1991, qui ont vu la victoire massive du FIS (Front islamique du salut) ont été annulées par le Gouvernement, avec l’assentiment de la « Communauté internationale ». Il s’en est suivi une guerre civile et 200 000 morts.

 

La déclaration n° 242 de l’ONU stipulait le retrait d’Israël des territoires occupés en 1967. Résolution jamais suivie d’effet. Pas plus que le non respect des résolutions 338, 476, 478, 1322… Sans aucune conséquence pour l’Etat d’Israël et sans états d’âme de la « Communauté internationale ».

 

Les USA de Georges W. Bush ont fait la guerre en Irak et en Afghanistan, pour, officiellement y abattre une tyrannie et y établir la démocratie. Entraînant de fait la mise en place de régimes corrompus et le chaos dans ces pays.

 

Rappelons aussi la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée par le Conseil de sécurité, dont la France, le 10 juin 1999. Elle réaffirme l'intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie (RFY), devenue aujourd'hui la Serbie, et sa souveraineté  au Kosovo. Le 17 février 2008, le parlement de la province du Kosovo, réuni en session extraordinaire, vote le texte présenté par le premier ministre Hashim Thaçi proclamant l'indépendance du Kosovo : «  Nous proclamons l’indépendance du Kosovo, État indépendant et démocratique [...] »

Malgré les protestations de la Serbie, dont le Kosovo est partie intégrante.

Bien que cette déclaration déclarée illégale pour la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, dans les jours suivants, les trois autres pays membres permanents du Conseil de Sécurité (Etats-Unis, Grande Bretagne et France), ayant pourtant voté la résolution 1244, reconnaissent l'indépendance du Kosovo !

 

Il faut peut-être aussi se rappeler une évidence : « La démocratie ne peut se résumer à des élections périodiques. » ( Pierre Rosanvallon, du Collège de France). C’est pourtant le vote qui est présenté comme une preuve de démocratie, par la « Communauté internationale ».

 

Pour la « Communauté internationale » la démocratie est ainsi à géométrie très variable. Les résultats des élections ne sont reconnus que s'ils sont conformes à son intérêt. Ou pire à l’humeur de certains de ses dirigeants !  Ainsi, force est d’admettre que les positions de la « Communauté internationale » ne sont en aucune façon une garantie d’objectivité « démocratique », et ne sauraient être admises sans vérifications.

 

Pas plus que ne sont à prendre en l’état les injonctions des membres du Tribunal Pénal International (TPI) qui manient facilement la menace a priori. Ça peut même rappeler parfois les méthodes d’autrefois sur « la question ». C’est du moins ainsi que j’ai interprété la prise de position de madame Fatoumata Bensouda adjointe du procureur du TPI : « je suis prête à venir en Côte d’Ivoire [m’occuper de Gbagbo]… Tremblez braves gens la justice va passer. Rappelons aussi à ce sujet les déclarations de madame Carla Del Ponte qui fut présidente du TPI pour la Yougoslavie. Après avoir traqué des Serbes pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité elle a reconnu, après avoir quitté ses fonctions, que des kosovares (en particulier monsieur Hashim Thaçi, l’actuel « Président » du Kosovo) ne valaient pas mieux ! Notons que Bernard Kouchner a réagit violemment au livre de Carla del Ponte (La traque : les criminels de guerre et moi. Editions Eloïse d’Ormesson, 2009) qui évoquerait sa complicité passive.

 

Les informations données par les médias français ne peuvent que susciter doutes et prévention, tant elles ne semblent exprimer, sur la Côte d’Ivoire, que la voix de la pensée unique, conforme avec celle de la « Communauté internationale ». A ce sujet notons une remarque édifiante de l’hebdomadaire Marianne[3] : « L'ancien procureur du tribunal pénal international [Carla del Ponte] avait droit de cité dans toute la presse lorsqu'elle s'en prenait aux Serbes. Mais aujourd'hui qu'elle accuse les dirigeants de l'UCK de graves crimes de guerre, silence ! »

 

Toujours au sujet du comportement de la presse, rappelons la volée de bois vert reçue par Régis Debray (L’emprise, Gallimard, 2000) de la part des médias français, pour s’être rendu en Yougoslavie et  ne pas y avoir constaté les informations passant en boucle dans la presse. Au sujet de la Côte d’Ivoire la connivence, apparente du moins, entre le pouvoir politique et le pouvoir médiatique, surtout télévisuel, me semble flagrante.

 

Je prendrai un exemple : Celui de l’émission « C dans l’air » d’Yves Calvi du vendredi 07 janvier 2011, sur France5, d’ordinaire plus équilibrée, où les quatre invités (dont un seul africain) étaient tous pro-Ouattara, et à charge contre monsieur Gbagbo. Emission où un des invités d’une suffisance rare (M. Hugeux) a traité en direct messieurs Dumas et Vergès de « pieds nickelés », pour avoir pris la défense de monsieur Gbagbo ! Quelles que soient les opinions que l’on puisse avoir de ces deux avocats de renom, le qualificatif de « pieds nickelés » est diffamatoire, non objectif et inadapté. Quand à monsieur Roland Dumas, ex-Ministre des affaires étrangères et ex-Président du Conseil constitutionnel français, il me semble difficile de douter de sa compétence en matière de droit institutionnel. Or, même si l’on s’en tient aux chiffres contestés de l’ONU en Côte d’Ivoire, monsieur Gbagbo ayant obtenu plus de 45% des voix aurait mérité au moins un défenseur sur quatre lors de cette émission habituellement sérieuse et très regardée.

 

Autre exemple de la cécité de certains médias. Quel média Français a fait état de la démission du général bengladeshi Abdul Hafiz, commandant l’ONUCI (forces de l’ONU en Côte d’Ivoire)? Pourtant cette démission n’était pas anodine puisqu’il a déclaré   " La mission en Côte d’Ivoire de l’ONUCI est terminée depuis décembre 2010. Nous ne sommes pas là pour tuer les ivoiriens, je ne veux pas demeurer dans « le faux ». Bien que remplacé par un général togolais, l’ONU n’a pas cru devoir faire de déclaration. La démission d’un général commandant les forces de l’ONU en Côte d’Ivoire aurait peut-être pu attirer l’attention de ces médias, dont certains ont des correspondants permanents à Abidjan. Ainsi, il n’est pas irrationnel de rapprocher cette démission de remarques formulées par des observateurs avertis sur le rôle de l’ONUCI.  Pour Michel Galy : « […] Cela illustre ce que je disais sur le rôle partial des deux corps expéditionnaires, à savoir l’ONU et la force Licorne, sachant que l’Onuci a comme mandat de protéger les civils. Que font-ils autour de l’hôtel du Golf avec la force Licorne et les forces rebelles, ce qui est un cas pratiquement unique au monde, au lieu d’être du côté de Duékoué et de Touleupleu, où il y a des dizaines de milliers de civils qui fuient au Libéria devant l’avancée des forces rebelles ? » Pour  Véronique Tadjo : « Le problème à l’heure actuelle, c’est qu’on a l’impression qu’elles sont là pour le camp Ouatarra puisqu’elles lui apportent un soutien à la fois sécuritaire et logistique. »

 

J’ai donc pris le parti de présenter dans le présent document, quelques uns des points de vue, nombreux et non négligeables, émanent d’abord d’africains, sur la crise, ou plutôt sur la tragédie de la Côte d’Ivoire. Avis et opinions pour la plupart différents de la litanie officielle de la « Communauté internationale ». Ils sont présentés dans les chapitres suivants.

 

La Vérité est rarement univoque et c’est ici le cas. C’est pourtant l’impression que donnent les médias français depuis le début de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire. L'information est biaisée. Notre Président de la République et les médias français ont tous pris parti pour M. Alassane Ouattara, paré de toutes les qualités (en particulier ex-gouverneur du FMI, suivez mon regard), y compris celle d’être élu hors les procédures prévues par la constitution ivoirienne ! Il ne faut pas cesser de rappeler que la Côte d’Ivoire est un Etat de Droit disposant d’une Constitution bafouée par la « Communauté internationale ». Monsieur Gbagbo serait lui un manipulateur (le boulanger d’Abidjan qui roule tout le monde dans la farine), ex-professeur gauchiste, emprisonné par Ouattara lorsqu’il était Premier Ministre d’Houphouet-Boigny, un prévaricateur, un meurtrier doté d’escadrons de la mort… Ces opinions sont envoyées sur les plateaux de télévision sans nuances et apparemment en méconnaissance du dossier, mais avec force conviction. Des « escadrons de la mort » ont aussi sévi lors de l’avancée des Forces Nouvelles et des dizaines de gendarmes réguliers et leurs familles ont fini dans des fosses communes, à Bouaké et Khorogo.

 

Pourtant en matière de comportement, les hommes de Gbagbo et ceux de Ouattara sont renvoyés dos à dos par le rapport d’Amnesty international du 22 février 2011. Rapport terrible et hélas très équilibré, comme c’est le plus souvent le cas lors des guerres[4] :

·      “Violations des droits humains commises par les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo : exécutions extrajudiciaires et usage excessif de la force, violences sexuelles et viols, disparitions, mauvais traitements. “

·      “Atteintes aux droits humains commises par les Forces nouvelles [Ouattara] : homicides arbitraires et délibérés, détention arbitraire et mauvais traitements, viols. “

 

Le rapport complet du 22 février 2011 (Index AI : AFR 31/001/2011) est présenté plus loin.

 

A ce sujet il n’est pas inutile de citer l’avis d’un anti-Gbagbo, le journaliste et écrivain ivoirien Venance Konan, dans une interview à l’hebdomadaire Marianne (semaine du 19 au 25 mars 2011, réalisée par Alain Léauthier, sous le titre « Il est temps de dégager Gbagbo par la force » : « Je n'oublie pas les pillages, les viols et les meurtres dont elles [les Forces Nouvelles des ex-rebelles du nord, soutien d’Alassane Ouattara] se sont rendues coupables dans le Nord. Avec elles, ce n'était pas non plus joyeux, joyeux... »

 

Les forces de Ouattara sont aussi passibles des tribunaux que celles de Gbagbo. Leur nom ne change rien aux faits, qu’elles s’appellent Forces Nouvelles ou « Escadrons de la mort ».

 

On ne voit pas pourquoi les Forces Nouvelles de Ouattara seraient plus recommandables que les milices pro-Gbagbo. Du point de vue des exactions contre les populations, rien ne justifie de privilégier Oattara sur Gbagbo. D’autant plus que les exactions des Forces Nouvelles au nord se sont doublées de trafic en tous genres des Com-Zones (les commandant de zone), qui perdurent. L’ONU elle même a fait état, en 2003-2004, des fosses communes du nord : « Le 6 octobre 2002, une soixantaine de gendarmes loyalistes et une cinquantaine de leurs enfants ont été abattus par des éléments de la rébellion dans une caserne à Bouaké. Révélé par une agence de presse catholique, ce massacre ne sera confirmé que plus tard par Amnesty International. »[5]  Elles se sont poursuivies depuis. Il y a eu des exécutions sommaires et des charniers à Bouaké et Khorogo[6] : « L’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) a découvert trois charniers au nord de la Côte d’Ivoire, dans la région de Korhogo où se sont rendus par deux fois ses enquêteurs chargés des droits de l’homme et de la police, du 1er au 12 juillet et du 22 au 26 juillet derniers. Avant même la publication de leur rapport, annoncée comme imminente, les spécialistes onusiens ont annoncé le 2 août qu’ils avaient pu établir la mise à mort, par balles, décapitation ou asphyxie, de quelque 99 personnes au moins ». Il semblerait bien que ces exactions des Forces Nouvelles soient désormais oubliées et que seul le comportement des forces, loyalistes ivoiriennes (FDS, forces de sécurité), soit dans le viseur de la justice internationale, alors même que ces forces de sécurité régulières et légales sont harcelées à Abidjan par une guérilla urbaine lourdement armée venue du nord. Le collectif des victimes du nord estime le nombre de victimes à plus de 300 et Amnesty international[7] s’étonnait, en 2004, de la lenteur de l’ONUCI à publier son enquête.

 

Le Gouvernement de monsieur Gbagbo accuse l’ONU (10 000 hommes) et la force Licorne (Française) de partialité. Cette question se pose également  avec acuité car comment expliquer autrement que des affrontements aient lieu dans l’ouest, avec exactions évidemment, et que les forces de l’ONU, dont c’était la mission, ne s’interposent pas pour protéger les populations. Par contre, ces forces protègent l’hôtel du Golf où réside monsieur Ouattara

 

Une évidence s’impose, le matraquage que nous subissons en faveur de monsieur Ouattara (ex-gouverneur du FMI) ressemble fort à celui que nous subissons en faveur de monsieur Dominique Strauss-Kahn (Directeur général du FMI). Y aurait-il une relation ? La « Communauté internationale » aurait-elle fait un choix « d’opérateur ». Il est vrai que monsieur Ouattara a fait ses études aux USA et qu’il a essayé de mener une politique très libérale lorsqu’il était Premier Ministre de Côte d’Ivoire, sous Félix Houphouet-Boigny.

 

In fine ce qui me semble le plus dangereux pour la « Démocratie », c’est l’usage permanent par la « Communauté internationale » du principe tacite du  « deux poids deux mesures ». Et pourtant cette « Communauté internationale » a la prétention d’imposer partout ses diktats. Curieusement, à moins qu’il ne s’agisse de paresse, les peuples suivent. Combien de fois n’ai-je entendu : « C’est vrai, puisque c’est la Communauté internationale qui le dit ». Effectivement en terme de communication, cette « Communauté internationale » a réussi son coup, puisque personne ne semble se préoccuper de savoir qui elle est, où elle est située comment les décisions s’y prennent, ni surtout qu’elle est la situation réelle en Côte d’Ivoire..

 

Curieusement, même le clan Ouattara en Côte d’Ivoire vient de regretter  ce régime du deux poids deux mesures de la « Communauté internationale » qui bombarde Kadhafi et ne bombarde pas (encore) Gbagbo !

 

Ainsi, tout esprit cartésien ne peut qu’être circonspect lorsque des votes s’expriment avec des scores irréalistes frisant l’unanimité (comme ceux, en particulier, dans le nord de la Côte d’Ivoire, tenu par une rébellion armée), ou l’assentiment sans faille de la « Communauté internationale », ou encore les « informations » toutes identiques des médias français. Par devoir citoyen, il devient indispensable d’aller chercher les explications et justifications éventuelles. Il devient indispensable de dénoncer les manquements à la vérité, hélas de plus en plus nombreux en tous domaines. C’est mon attitude au sujet de la Côte d’Ivoire. « Il arrive un moment où la parole n’est plus un droit mais un devoir. » ( Rachid Kaci Lettre ouverte aux démagogues. Editions des Syrtes, 2006).

 

Que s’est-il donc passé en Côte d’Ivoire depuis le 28 novembre 2010 ? Quelles ont été les conditions de la mise en œuvre de ces élections ? Quels ont été les résultats  et leur validité ? Quel rôle joue la France de monsieur Sarkozy associé à la  « Communauté internationale » en cette affaire. Puisque la Côte d’Ivoire est un pays souverain, membre de l’ONU, et que son état est régi par des règles de Droit. En quoi des puissances étrangères ont-elles pris parti pour un camp électoral contre l’autre, sans discernement ni nuances, avec une véhémence rare ?

 

Car enfin de quoi s’agit-il ? De résultats électoraux contestés avec des scores très voisins, presque « démocratiques » et respectables. Dans un scrutin africain qui pourrait passer pour exemplaire avec un score final oscillant de 47-54% (Résultats de la CEI-Commission électorale indépendante) à 52-48% (Résultats du Conseil Constitutionnel). Score que l’on pourrait ainsi qualifier de 50-50. Ces scores justifient-ils de mettre un pays à feu et à sang. L’un des deux groupe mérite-t-il tellement plus de considération que l’autre, qu’il faille employer les grands moyens. Tout cela est à la fois dérisoire et pathétique. Pour Pierre Sané, ancien Secrétaire général d’Amnesty international et ancien Sous-Directeur général de l’UNESCO, il s’agit d’une logique de l’absurde (voir chapitres suivants).

 

Pourquoi tant d'intérêt et d’agressivité des USA et de la France pour se mêler des affaires internes d'un pays souverain et ami ? L’équilibre du monde est-il en danger ? Non bien sûr. Par contre l’équilibre de l’Afrique occidentale est en cause. Pourquoi cette ingérence de la « Communauté internationale » et sa volonté d’imposer un candidat, monsieur Alassane Ouattara (homme du Nord ex-gouverneur du FMI) aux dépends de monsieur Gbagbo (homme du Sud ex-professeur) ? A moins que poser la question dans le contexte mondialisé actuel c’est déjà y apporter un élément de réponse.

 

Quels sont donc les résultats du deuxième tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire ?

 

D’après la Commission électorale indépendante (CEI), monsieur Alassane Ouattara a été élu, avec 54 % des suffrages. Ces résultats obligatoirement provisoires, ont été proclamés illégalement à l’hôtel du Golf, donc dans des locaux privés occupés par un des candidats (M. Alassane Ouattara). La procédure légale était de soumettre ces résultats provisoires pour approbation ou invalidation, au Conseil constitutionnel, conformément à la Constitution ivoirienne. Or c’est monsieur Choi, représentant de l’ONU qui s’est arrogé le pouvoir, dans un pays souverain, de valider ces résultats (son rôle officiel était seulement de valider le bon déroulement de la procédure). Ces résultats provisoires ont immédiatement été reconnus par la France et la « Communauté internationale ». Cette proclamation a été en tous points illégale, et non conforme à la Constitution ivoirienne.

 

D’après le Conseil constitutionnel (qui doit valider les résultats, d’après la Constitution ivoirienne, après avoir purgé les réclamations éventuelles), monsieur Laurent Gbagbo a été élu avec 52 % des voix, suite à l’annulation d’un certain nombre de résultats considérés comme frauduleux et provenant du nord du pays occupé militairement par le Forces Nouvelles (« ex-rebelles ») de messieurs Ouattara et Soro.

 

Sur la validité des résultats eux-mêmes, la distorsion entre l’avis de la Commission électorale indépendante et la position du Conseil constitutionnel résulte de la contestation officielle de la validité des résultats du Nord occupé par les rebelles, ayant massivement voté Ouattara (jusqu’à plus de 90%). Voir les résultats au chapitre suivant.

 

Aussi la « montée au créneau » instantanée de la France, de la « Communauté internationale », des USA, du Canada, du Tribunal Pénal International, de l’ONU … ? en faveur de monsieur Ouattara me semble particulièrement suspecte et sans rapport avec l’élection, ses modalités et ses résultats.

 

Jamais des élections contestées en Tunisie (plus de 90 % pour monsieur Ben Ali), en Egypte (plus de 80 % pour monsieur Moubarak), au Gabon et ailleurs n’ont suscité une telle prise de position de la « Communauté internationale ».

 

Même si la réponse est incertaine, il faut la poser. Pourquoi le Président de la République Française prend-il fait et cause pour un des candidats (Alassane Ouattara) en contradiction avec l’autorité juridique suprême du pays ?

 

Est-ce pour imposer l’état de droit ?

Dans un pays souverain, c’est le respect de la constitution qui est garant de l’état de droit. Jusqu’ici la constitution a été respectée. C’est le Conseil constitutionnel qui déclare le résultat des élections après vérification des suffrages et examen des réclamations. Le Conseil constitutionnel a déclaré élu monsieur Laurent Gbagbo donc en DROIT monsieur Laurent Gbagbo est le président élu de la Côte d’Ivoire. C’est la « Communauté internationale » qui ne veut pas l’admettre. Il faut encore rappeler que dans toutes les autres élections africaines, c’est bien la plus haute juridiction du pays qui annonce les résultats et que le Président Sarkozy n’y a rien trouvé à redire. Il me faut ici citer deux cas d’école. Tout d’abord l’élection de Georges W. Bush élu contre Al Gore, avec moins de voix que lui. Election validée par la Cour suprême des Etats-Unis d’Amérique. Le recomptage des voix de cette élection a duré des semaines. Alors qu’en Côte d’Ivoire le représentant de l’ONU ose déclarer, curieusement, à l’Union Africaine : « le recomptage des voix serait injuste pour monsieur Alassane Ouattara. » Il faut être d’un cynisme abouti pour déclarer que le recomptage des voix demandé par monsieur Gbagbo est une injustice  pour son concurrent !

 

Est-ce pour affirmer une tutelle surannée de la France ? La Françafrique est finie avait déclaré monsieur Sarkozy. Il faut aussi rajouter que plus le contexte est délicat, plus la prudence et le doigté sont déterminants. Ce tact ne semble pas la caractéristique du gouvernement français actuel. Les Français résidents en Côte d’Ivoire ne s’y sont pas trompé et j’ai pu lire : [...] "Paris s`est dit "prêt" jeudi à évacuer les 15.000 Français et binationaux sur place, si nécessaire. Mais cet entrepreneur [cité dans l'article] souhaite surtout que le président Nicolas Sarkozy se fasse plus discret, pour ne pas exciter les sentiments antifrançais : "qu`il se taise !".[8]

 

Demande adressée à l’Elysées, par un membre de l’UMP de Côte d’Ivoire et non suivi d’effet, évidemment.

 

Comment Nicolas Sarkozy, Président de la République Française a-t-il pu dire en tribune à Bruxelles : Gbagbo doit partir «avant la fin de la semaine» ? C’est proprement surréaliste !

 

L’attitude de la France est-elle de la « realpolitik « ?

Mais alors pour quel intérêt français ? A part le cacao aux mains de groupes américains les groupes français sont titulaires d’importants marchés (Bouygues, Air France, Total, Société générale…). On estime à plus de 400 le nombre d’entreprises françaises. Elles représentent près de 30% du PIB de la Côte d’Ivoire. Ne pas oublier non plus que la Côte d’Ivoire était francophone et francophile. Pour ceux que la politique étrangère de la France intéresse, j’évoquerai un peu d'histoire lointaine, peut-être anecdotique, mais significative : Ho Chi Min était francophone et francophile, il n'a pas été écouté par les dirigeants français dans les années cinquante, nous avons donc fait et perdu la guerre en Indochine, aujourd'hui le Viet Nam parle anglais... Belle lucidité de nos dirigeants et beau sens de la prévision. Il semble que le gâchis doive se reproduire en Côte d’Ivoire. Comment s’étonner alors « que la France ait perdu l’Afrique » ?

 

Mais alors, où faut-il chercher les raisons de l’ingérence française ? Peut-être faut-il chercher du côté des dogmes et de l’irrationnel, ou de l’orgueil froissé de notre Président ? Rappelons ainsi que Laurent Gbagbo a été le seul chef d'Etat africain à ne pas participer au défilé du 14 juillet 2010 à Paris. Etait-ce supportable pour notre Président ? Pour l’anecdote et par ailleurs signalons que monsieur Alassane Ouattara a été marié en 1990 par monsieur Nicolas Sarkozy à Neuilly, quand il en était le maire et qu’il entretien depuis des relations amicales avec le couple Ouattara (madame Ouattara est par ailleurs une redoutable femme d’affaires), y a-t-il là une piste complémentaire à explorer ? [9]

 

Quoi qu’il en soit, à l'évidence le colonialisme et le paternalisme ne sont pas morts. Les dirigeants africains doivent être dociles et "coopératifs".

 

Pour les américains leurs motivations semblent plus simples à élucider. Ils veulent sécuriser leur approvisionnement en cacao. Soit. La Côte d'Ivoire étant le premier producteur mondial et ce marché est entre les mains des américains. Ce qui se passe en Côte d'Ivoire ne leur est pas indifférent. Mais leur motivation à intervenir me semble être d’un autre ordre. Chez eux, l'aversion de la "gauche" est radicale, or Gbagbo est membre de l'internationale socialiste, quand Ouattara est un libéral, passé par Washington. C’est sans doute là qu’il faut y trouver une explication ?

 

 

Je ne détiens pas forcément la Vérité et m'arroge le droit de me tromper, suivant ainsi le grand poète et philosophe indien Rabîndranath Tagore (prix Nobel de littérature en 1913) qui a énoncé : " Si tu fermes la porte à toutes tes erreurs (si tu as peur de te tromper) tu fermes aussi la porte à la vérité."

 

La mode étant aux réseaux sociaux et à l’Internet, j’ai rassemblé dans le présent document des avis et opinions différents de ceux entendus à la télévision française dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont tronqués et tendancieux, sinon fallacieux. Les documents présentés permettent pour le moins de nuancer la position de la « Communauté internationale », par l’analyse de nombreux observateurs et intellectuels africains.

 

Cette affaire étant particulièrement démonstrative d’une démocratie à géométrie variable de la « Communauté internationale ». Comme d’une volonté d’ingérence active de la France dans ses anciennes colonies. Il faudrait plutôt dire, du Président de la République Française, qui après avoir déclaré dans un discours désormais célèbre que « l’Homme africain n’était pas entré dans l’histoire » s’implique personnellement dans une crise pour des raisons qui ne ressortent pas du seul intérêt supérieur de la France. Au contraire. C’est du moins ma perception.

 

Pour comprendre, il faut d’abord s’en tenir aux faits rappelés ici très succinctement.

 

-       La Côte d’Ivoire est un Etat souverain, membre des Nations Unies. Le pays s’est doté d’une Constitution dès l’accession à l’indépendance le 31 octobre 1960. Cette constitution a été modifiée plusieurs fois, mais moins que la France durant la même période.

 

-       Le pays, comme la plupart des pays africains, est constitué d’ethnies nombreuses qui n’ont pas toujours vécu en bonne entente. En 2002, les ethnies du nord (aidées et armées par le Burkina Faso limitrophe) sont entrées en rébellion aboutissant à la partition du pays en deux. Le Nord à dominante musulmane, le sud à dominante chrétienne et animiste. Il serait abusif et même faux de décréter que cette rébellion était d’inspiration religieuse. Par contre les ethnies du nord de la Côte d’Ivoire sont sœurs de celles du Burkina Faso. Quoi qu’il en soit le résultat a été une partition du pays, son affaiblissement, sa régression économique et l’intervention des forces militaires de l’ONU pour séparer les belligérants.

 

-       Que la « Communauté internationale » l’accepte ou non, monsieur Gbagbo a bien été élu président de la République en 2000. Lorsque une guerre a été déclenchée en 2002 contre le régime légal et légitime en place, par la rébellion du nord, la « Communauté internationale » n’a rien fait pour soutenir le régime constitutionnellement établi de Laurent Gbagbo.

 

-       En 2005, les élections présidentielles n’ont pas eu lieu en raison de la rébellion armée qui sévissait dans le pays depuis 2002. Rébellion conduite par Guillaume Soro, soutien (et actuel Premier Ministre) de monsieur Ouattara qui a scindé le pays en deux et plongé l’ensemble du territoire dans une situation de crise économique et sociale grave.

 

-       Dans une situation chaotique qui a duré plus de huit années (et qui se prolonge), des tentatives de réconciliation ont eu lieu sous l’égide de la France (accord Marcoussis) et de l’Union Africaine Les faits marquants ont été d’une part l’entrée des ex-rebelles dans le Gouvernement de monsieur Gbagbo (sur pression de la France). En particulier le poste de Premier Ministre leur a été attribué, occupé par monsieur Guillaume Soro. En 2007, les accords de Ouagadougou (au Burkina Faso) ont défini les modalités de l’élection présidentielle fixée à 2010. En particulier ces accords prévoyaient le désarmement des Forces Nouvelles (ex-rébellion) avant les élections. Cette disposition n’a pas été respectée sur intervention du représentant de la France, monsieur de  Bonnecorse qui a estimé que la fin de la rébellion n’était pas un préalable aux élections !

 

-       Des élections présidentielles ont ainsi finalement eu lieu en 2010 dans des conditions qui auraient dues être considérées comme inacceptable par la « Communauté internationale », les accords de 2007 n’ayant pas été respecté pour une des parties (la rébellion du nord). En effet, comment garantir l’objectivité et la sincérité d’un scrutin dans un pays occupé par une faction armée sur 60 % du territoire ?

 

-       Monsieur Laurent Gbagbo a été déclaré élu suivant les voies du droit ivoirien, alors que la « Communauté internationale » s’ingère sans droit ni titre dans les affaires internes d’un pays souverain et déclare élu monsieur Alassane Dramane Ouattara.

 

-       Depuis donc le deuxième tour de l’élection présidentielle le 28 novembre 2010, la situation est bloquée, mais la « Communauté internationale » met tout en œuvre, dont des sanctions à l’encontre du peuple ivoirien (embargo sur les médicaments par exemple) pour faire fléchir le Président sortant, réélu, monsieur Laurent Gbagbo et qu’il cède la place à monsieur Alassane Dramane Ouattara.

 

Quelle leçon retiendra l’histoire de cette élection nul ne le sait, mais la « Communauté internationale » et la France, feraient bien d’entendre la rue africaine qui les désapprouve.

 

A ceux dont l’information est seulement franco-française je suggère de lire les avis, analyses et opinions d’intellectuels africains, qui pour « n’être pas encore entrés dans l’histoire » selon monsieur Sarkozy, savent de quoi ils parlent au sujet de la Côte d’Ivoire. Les textes empruntés sont présentés entre guillemets.

 


 

 

2 – Le contexte électoral ivoirien

 

2.1 – Géographie, Population[10],[11]

 

« La Côte d'Ivoire est baignée au sud par le golfe de Guinée et peut être subdivisée en une zone

forestière et tropicale humide au sud et une zone de savane au nord.

 

Les reliefs d’altitude sont à l’ouest.

 

Sa population dépasse les 21 millions d’habitants.


Ethnies :

La Côte d’Ivoire est un véritable puzzle humain, malgré le brassage des populations.

Baoulés (au centre) 23%, Bétés  (au centre-ouest)18 %,

Sénoufos (au nord) 15 %

Malinkés (au nord-est) 11 %.

 

C’est un des grands pays d'accueil de l'Afrique occidentale : les étrangers constituent le quart de sa population (Burkinabés, Maliens...).

 

Religions :

Chrétiens (majoritaires au sud) 34 %,

Musulmans (majoritaires au nord) 27 %,

Animistes 15 %. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carte tirée de La Côte d’Ivoire

par Gabriel Rougerie,

PUF 1972

 

 

 

2.2 – Economie[12] 

 

« Côte d’Ivoire : PNB 2009 : 97e/231 PNB/habitant : 184/231

 

« La crise politique freine le développement,

 

La Côte d'Ivoire est l'une des économies les plus puissantes de la région:

elle représente 40% de l'activité de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

 

Mais l'instabilité politique que connaît !e pays depuis 2002 fragilise sa prospérité.

 

Sur le plan agricole, le pays est le premier producteur de cacao, avec 40% du marché mondial. La Côte d'Ivoire se classe aussi parmi les premiers exportateurs africains de caoutchouc, anacarde, coton, café, palmier à huile, banane, ananas ou cola.

 

Le pays dispose d'infrastructures héritées de deux décennies de prospérité (1960-1980) :  le port d'Abidjan est le deuxième plus important d'Afrique subsaharienne

après celui de Durban (Afrique du Sud).

 

Dans le secteur secondaire, la Côte d'Ivoire exploite des gisements de gaz et de pétrole. Ce qui assure son autosuffisance énergétique et lui permet d'exporter du brut et de l'électricité dans la région.

 

Mais de nombreuses usines et entreprises ont fermé depuis les violences de 2002.

Les ressortissants étrangers ont quitté le pays en masse. »

 

 

2.3 - Histoire récente et élections présidentielles[13]

 

2.3.1 - L’indépendance et Félix Houphouet-Boigny (1960-1993)

 

« Le 07 août 1960. Félix Houphouet-Boigny est élu premier président de la République de Côte d’Ivoire à régime présidentiel.

 

Sous des dehors de sage africain, résolvant les problèmes par la discussion, Félix Houphouët-Boigny brisa ses opposants grâce au système des faux complots. Il réprima dans le sang plusieurs révoltes régionales, comme celle de l'ethnie Bété[14] en 1970. D'un autre côté, il s'alliait aux cadres du pays, en leur permettant de tirer les bénéfices du développement du pays.

En 1964, la polygamie est abolie.

Les années 1970 à 1985 furent plus calmes, grâce à l'habileté politique du président, qui achetait ses opposants, et grâce à la bonne situation économique. La dégradation de celle-ci, au cours des années 1980, provoqua une agitation étudiante, la révolte de barons du régime et la naissance d'une opposition clandestine. Les manifestations étudiantes du 9 février 1982 révèlent en Laurent Gbagbo un leader d'opinion (l'interdiction d'une de ses conférences est la cause immédiate du mouvement), qui fonde le Front populaire ivoirien (FPI), et s'exile en France.

Le 21 mars 1983, Yamoussoukro devient la capitale politique et administrative de Côte d'Ivoire.

Félix Houphouët-Boigny a cependant préparé, en fin de règne, la voie vers la démocratisation en 1990 par quelques réformes :

                les partis politiques sont autorisés le 5 mai (14 se forment).

                pour la première fois, il y a deux candidats à l'élection présidentielle : Laurent Gbagbo obtient 18 % des voix face au président sortant.

                et des élections pluralistes, où les étrangers notamment burkinabés sont électeurs, ont lieu : le PDCI-RDA (parti démocratique de Côte d’Ivoire de Félix Houphouet-Boigny) remporte 175 sièges, contre 8 au FPI.

 

Malgré ces avancées, Laurent Gbagbo est arrêté après les manifestations étudiantes de février 1992, et emprisonné pendant quelques mois, ainsi que son épouse, Simone Ehivet Gbagbo.

 

Félix Houphouët-Boigny décède le 7 décembre 1993. »

 

2.3.2 - Les successeurs de Félix Houphouet-Boigny[15]

« Ses successeurs furent :

Henri Konan Bédié président intérimaire en tant que président de l'Assemblée nationale, puis élu le 22 octobre 1995 avec 96,44 % des voix, tous les autres candidats sauf un (Francis Wodié, représentant le PIT) ayant boycotté les élections. Il perdit le pouvoir lors d'un putsch à Noël 1999.

 

Le général Robert Guéï se proclame vainqueur des élections d'octobre 2000, dont Alassane Ouattara, président du RDR (Rassemblement des républicains), est exclu. Robert Guéï est assassiné lors du putsch manqué du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) en 2002.

 

Laurent Gbagbo, vainqueur controversé des élections de 2000, et porté au pouvoir par les manifestants devant le refus de Guéï de reconnaître le résultat des élections.

 

Des manifestations mêlant le peuple et l'armée imposent Laurent Gbagbo, dont la victoire électorale est finalement reconnue. Son parti, le FPI (front populaire ivoirien), remporte les législatives de décembre avec 96 sièges, le RDR d’Alassane Ouattara, ayant décidé de les boycotter. Le RDR participe aux élections municipales et sort vainqueur dans la majorité des villes, dont Gagnoa, la principale ville du Centre Ouest du pays, région d'origine de Laurent Gbagbo. »

 

2.3.3 La crise de l'ivoirité et la guerre civile[16]

 

« Cependant, la définition de la citoyenneté, dite crise de l'ivoirité, et les crises qu'elle provoque (dont celles de la propriété) aboutissent à la tentative de coup d'État du 19 septembre 2002. Bien que cette tentative ait échoué, une rébellion (qui prend le nom de Forces Nouvelles) se forme dans le nord du pays, et occupe bientôt 60 % du territoire selon une ligne tracée d'avance par l'armée française en Côte d'Ivoire .

La France s'interpose, officiellement en application d'accords de défense de 1961 (envoi de la Force Licorne). La situation se stabilise, et en janvier 2003, l'ensemble des forces politiques ivoiriennes, rebelles compris, négocient en France à Linas-Marcoussis afin de mettre fin à la crise. Ce sont les accords Kléber (signés avenue Kléber à Paris), plus connus sous le nom d'accords de Marcoussis[17]. Dès son retour à Abidjan, Laurent Gbagbo les remet en cause, bien qu'il les fasse d'abord mettre en application. Un gouvernement de réconciliation, réunissant des représentants de tous les partis, est mis en place […]

Comme suite à des incidents graves entre la Force Licorne et l’armée de Côte d’Ivoire, des membres des Jeunes patriotes (pro-Gbagbo) se rassemblent devant la Tour Ivoire à Abidjan et, pour des motifs non élucidés, les troupes françaises ouvrent le feu à plusieurs reprises. La Fédération internationale des droits de l'homme estime que ces tirs feront 60 morts et 1 000 blessés, la plupart causés par les bousculades, mais aussi, tués par les militaires de l'armée française en Côte d'Ivoire (Force Licorne). »

 

 

2.3.4 L’ivoirité[18]

 

« L'ivoirité est un concept visant à définir la nationalité ivoirienne dans un processus de démocratisation et d'unification nationale d’une société en manque d'imaginaire "globalement national". Il s'appuie sur des notions culturelles et vise à promouvoir les cultures et productions nationales. Le concept d'ivoirité est apparu en 1945 à Dakar, avec des étudiants ivoiriens. Il réapparaît avec Henri Konan Bédié en 1994 dans un contexte de reprise économique.

 

Le mot est employé d'abord par le président Henri Konan Bédié en 1993. Il en fait un usage plutôt libéral […]

Mais, repris par ses adversaires politiques, ce concept est bientôt imprégné d'idées nationalistes et xénophobes. Des campagnes de presse ont ainsi imposé ce concept, qui conduit notamment à l'élimination du candidat du nord de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara. Ce rejet de Ouattara est facilité par le contexte de "méfiance identitaire". À une différence ethnique, s'ajoute en effet une différence de religion : les Ivoiriens du nord, musulmans, sont soupçonnés d'être de mauvais Ivoiriens, et sont donc rejetés par les Ivoiriens du sud. Mais il aboutit à un sentiment d'exclusion des populations du nord, notamment les Malinkés dont les patronymes ont le plus facilement une consonance étrangère.

 

La dimension religieuse de l'ivoirité est apparue avec l'ancien Premier Ministre Alassane Dramane Ouattara qui justifia son inéligibilité à la présidentielle en affirmant : "On ne veut pas que je sois président parce que je suis musulman et nordiste." »

 

Article 35 de la Constitution[19] : « Le président de la république est élu pour 5 ans au suffrage universel direct .Il n’est rééligible qu’une fois. […] Il doit être Ivoirien d’origine, né de père ET de mère eux-mêmes Ivoiriens d’origine. Il doit n’avoir jamais renoncé à la nationalité Ivoirienne. Il ne doit jamais s’être prévalu d’une autre nationalité .Il doit avoir résidé en Côte d’Ivoire de façon continue pendant cinq années précédant la date des élections et avoir totalisé dix ans de présence effective. »

 

Ce concept d’ivoirité figure ainsi dans l’article 35 de la constitution de 2000, adopté par le parlement ivoirien et voté à plus de 85% par toutes les forces politiques du pays après un référendum organisé en 2000 par le général Robert Guéï.

 

Faisant suite aux accords de Marcoussis, cet article a été modifié en 2004, par l’Assemblée Nationale, sur proposition du Président Laurent Gbagbo. »

 

 

2.3.5 – La Constitution ivoirienne[20]

 

« En Côte d'Ivoire " La constitution est la loi suprême, la loi fondamentale, celle qui a autorité sur tous les autres textes législatifs. "

 

La première constitution ivoirienne fut adoptée le 26 mars 1959. Elle fut remplacée le 3 novembre 1960 par une 2ème constitution après l'accession du pays à l'indépendance le (7 août 1960). La 3ème constitution : La Constitution du 1er août 2000, aujourd'hui en vigueur, approuvée par le peuple lors du référendum selon une procédure démocratique (+ de 50% du corps électoral et 86% des suffrages exprimés) donne la réalité du pouvoir au président de la République. »

 

 

2.4 – Les élections présidentielles de 2010[21]

 

2.4.1 - Commentaire par Karim Guellaty du 26 janvier 2011, sur Afrik.com

« Un ami, français je précise, et non ivoirien, m’envoie ce jour cette carte publiée en son temps par le figaro (le 7 janvier 2011). Le trait en pointillé rouge marque la séparation entre le nord, tenu par les forces nouvelles, appelé Zone rebelle, et le sud zone légitimiste, restée acquise à Laurent Gbagbo.

A la lecture de cette carte, je suis surpris de voir le score de Ouattara dans la zone qu’il contrôle totalement et où il dépasse les 92%. Ca me rappelle les années "fastes" de Ben Ali. Et je suis encore plus étonné, face à ce constat factuel, de la réaction de la communauté occidentale. Et moi, Franco-Tunisien, quand je vois des scores de ce niveau, j’ai une vague tendance à me méfier. Et je me méfie d’autant plus que la "police internationale" est déjà sur place !

Il disait quoi Le Président Sarkozy ? "La puissance Coloniale (...) est toujours illégitime à prononcer un jugement sur les affaires intérieurs d’une ancienne colonie. (...) je revendique cette réserve" . Non pas ça. Non, là où il dit que Gbagno doit partir à la fin de la semaine. Là où il dit que le président élu par le peuple est Monsieur Ouattara. Ah oui ! Il a dit "Laurent Gbagbo doit se plier sans délai au verdict des urnes sous peines d’encourir des sanctions européennes et d’avoir affaire au tribunal pénal international. (...) Si Laurent Gbagbo n’a pas quitté avant la fin de la semaine le poste qu’il continue d’occuper en violation de la volonté du peuple ivoirien, ils seront nommément sur la liste des sanctions européennes."

Ca c’est de la réserve ! Et je me demande s’il ne faut pas se pencher un peu plus sur le cas de la Cote d’Ivoire. Parce qu’en ce moment je suis un peu comme le chat, échaudé, qui a quelques soucis avec la température de l’eau... »

 

 

2.4.2 – Commentaire de l’association SURVIE[22]

 

SURVIE, association 1901. Communiqué du 23 décembre 2010

 

« L’association Survie rappelle que la France porte une grande responsabilité dans la crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis 8 ans. Malgré ce que prétendent l’ONU et les puissances occidentales, les conditions n’étaient pas réunies pour éviter une large fraude, particulièrement au Nord du pays. La seule issue semble désormais l’apaisement entre les deux camps et non l’affirmation de la victoire de l’un sur l’autre. La France doit procéder au retrait de son opération militaire au profit de troupes internationales sous commandement onusien.

Pour la première fois de leur histoire, les citoyens ivoiriens ont voté dans une élection présidentielle véritablement pluraliste et ouverte. Malgré des conditions extrêmement défavorables, la participation fut massive. Mais depuis trois semaines, la Côte d’Ivoire est séquestrée par « deux présidents ». Tandis que l’un, Laurent Gbagbo, se crispe sur son pouvoir, la « communauté internationale » est en passe d’imposer l’autre, Alassane Ouattara, aux Ivoiriens.

Pour cerner l’immense responsabilité de la diplomatie française dans l’impasse que vit actuellement la Côte d’Ivoire, il est nécessaire de poser quelques jalons historiques.

À l’automne 2002, l’Élysée refuse l’application des accords de défense à une Côte d’Ivoire en proie à une rébellion armée approvisionnée par un pays voisin. Au contraire, un cessez-le-feu est imposé, entérinant la partition du pays.

En janvier 2003, lors des accords de Marcoussis, la diplomatie française impose l’entrée des rebelles dans le gouvernement ivoirien. À Abidjan, des manifestants refusent que les portefeuilles de la Défense et de l’Intérieur soient confiés aux rebelles, comme le prévoyait l’exécutif français.

En novembre 2004, un engrenage tourne au drame. Au cours d’une offensive aérienne de l’armée ivoirienne sur les zones rebelles, neuf soldats français de l’opération Licorne et un civil américain trouvent la mort. Craignant un putsch orchestré par l’armée française après qu’elle a détruit l’aviation militaire ivoirienne, des manifestants envahissent certains quartiers d’Abidjan.L’armée française tire sur des manifestants, faisant plus de soixante morts.

Les accords de Pretoria d’avril 2005 calquent la structure de la Commission Électorale Indépendante (CEI) sur le plan de table des négociations de Marcoussis, aboutissant à une surreprésentation des rebelles, assurant aux partis d’opposition une large majorité [1]. Dans la foulée, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) est créé à Paris, réconciliant deux anciens ennemis [2], Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, autour d’un accord électoral destiné à assurer la victoire de l’un des deux sur Laurent Gbagbo. L’Union Européenne impulse, à travers les Nations Unies, un Programme d’Appui aux Processus Électoraux dont la CEI est le principal bénéficiaire. Le descriptif de ce programme [3] laissait déjà augurer un passage en force :

« Pour les prochaines échéances électorales, il est à prévoir que le problème de confiance se posera avec une acuité encore plus grande et exigera le recours à des pouvoirs décisionnels exceptionnels pour contrecarrer l’incapacité d’atteindre des consensus politiques en temps utile. »

Début 2007, depuis Ouagadougou, Michel de Bonnecorse, chef de la cellule africaine de l’Élysée sous Jacques Chirac, annonce que la fin de la rébellion n’est pas un préalable aux élections [4]. Quelques semaines plus tard, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, leader de la rébellion, et Blaise Compaoré, président du Burkina, signent les accords de Ouagadougou : Guillaume Soro devient premier ministre. Fin 2007, un accord complémentaire a pour unique objet de confier à la société française Sagem Sécurité le volet technique de l’élaboration des listes électorales [5].

Ce 2 décembre 2010, le Conseil Constitutionnel ivoirien, essentiellement favorable à Laurent Gbagbo, constate l’expiration du délai imparti à la CEI pour annoncer les résultats provisoires. En effet, la CEI a échoué à trouver un consensus sur l’ampleur d’irrégularités dans le scrutin. Le président de la CEI Youssouf Bakayoko se rend alors au Golf Hôtel, où se trouvent déjà Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Guillaume Soro, le représentant du secrétaire général de l’ONU et les ambassadeurs français et américain. Ces derniers lui promettent protection jusqu’à l’aéroport, en échange de la proclamation de résultats. Bakayoko annonce la victoire de Alassane Ouattara devant les caméras occidentales. Le lendemain, le Conseil Constitutionnel annonce l’invalidation du scrutin dans sept départements de la zone contrôlée par les rebelles et la victoire de Laurent Gbagbo.

Prétendre organiser une élection satisfaisante sans mettre fin à la partition du pays [6] était absurde. On s’étonne qu’aucune autorité internationale ne l’ait exigé sérieusement. Malgré les énormes moyens mis en œuvre, le scrutin n’a pas offert les garanties brandies par l’ONU.

Croire que l’élection présidentielle sortirait la Côte d’Ivoire de la crise était un leurre. Aucun des candidats du second tour ne sera capable à lui seul de guérir la société ivoirienne de ses plaies. Ni Alassane Ouattara, l’économiste libéral qui a fait carrière dans les grandes institutions financières internationales, l’adepte des privatisations, des coupes dans les budgets sociaux et autres plans d’ajustement structurel, l’ami très apprécié de l’Élysée. Ni Laurent Gbagbo, le socialiste devenu rapidement allié des grands groupes français, le nationaliste souvent - et sans doute volontairement - ambigu.

Il est urgent que les initiatives d’apaisement soient privilégiées [7]. Si la « communauté internationale » a une once de bon sens, c’est dans cette voie qu’elle doit pousser les acteurs de cette crise et non dans le refus de voir la réalité et dans l’illusion qu’on peut imposer une solution de force à un pays divisé. Le risque est de plonger la Côte d’Ivoire dans la violence.

Nous demandons que tout soit fait, à commencer par le retrait de l’opération Licorne au profit d’un renforcement de l’ONUCI, pour la réconciliation des Ivoiriens et non pour assurer la victoire d’un camp sur l’autre, ce qui serait lourd de menaces pour l’avenir de la Côte d’Ivoire.

 [1] Par le jeu des alliances politiques, le président et trois des vice-présidents de la CEI sont favorables à Alassane Ouattara. Le quatrième vice-président est favorable à Laurent Gbagbo.

[2] Au milieu des années 90, la Cellule Universitaire de Recherche et de Diffusion des Idées du Président Henri Konan Bédié promeut l’ivoirité. Cette notion aux forts relents xénophobes fut instrumentalisée pour écarter Alassane Ouattara de la vie politique ivoirienne.

[3] Programmes d’Appui au Processus Électoral CIV-46362 (2006-2007, 58 millions de dollars) et CIV10-57717 (2008-2011, 75 millions de dollars) du Programme des Nations Unies pour le Développement.

[4] « Le but des pays raisonnables est qu’il y ait des élections libres et honnêtes en octobre [2007], ce qui donnera un président légitime qui sera soit élu, soit réélu, et c’est à ce président de mettre un terme à cette crise. »

[5] Le montant du contrat dépasse finalement les 200 millions d’euros. Filiale du groupe Safran, Sagem Sécurité est devenue Morpho.

[6] Les accords de Ouagadougou exigeaient le désarmement des rebelles et le rétablissement de l’État de droit sur tout le territoire. Sur la reconversion de la rébellion dans l’économie de guerre, consulter les rapports du groupe d’experts ad’hoc de l’ONU.

[7] Par exemple celle de la Convention de la Société Civile Ivoirienne. En outre, on attend la publication du rapport de la mission de Thabo Mbeki. Ce dernier avait contribué à faire retomber la pression après les événements de novembre 2004. »

 

2.4.3 - Avis de 21 ONG, observateurs de la société civile. La COMISCA dénonce des irrégularités à Korhogo, Séguéla et Mankono [Nord de la Côte d’Ivoire][23]

Le 16/12/2010

 

Le porte-parole de la Coordination de la mission internationale des observateurs de la société civile africaine, est formel : « Le processus démocratique tant souhaité est fortement mis en cause (au second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre dernier en Côte d’Ivoire) ».

 

Déclaration que vient de faire M Compaoré Saïdou, dans les locaux de la Commission électorale indépendante (CEI),à Abidjan (Cocody deux plateaux).

En effet, il a fait cette annonce devant la presse nationale et internationale en début d’après midi, ce lundi 29 novembre 2010. Entouré des membres de la COMISCA (Coordination de la mission internationale des observateurs de la société civile). Le Président de la COMISCA, a tenu à mettre sur la place publique, les constats faits par ses 230 observateurs déployés à l’intérieur du pays : Korhogo,Boundiali,Ferkéssedougou,Touba,Odiénné,Mankono,Minignan,Madinani,Vavoua,Bouna,Tingrela,Zagné,Duékué,Guiglo,Dabou et Abidjan.

Ces observateurs, selon lui, ont visité 1541 bureaux de vote conformément aux recommandations de la déclaration de principe pour l’observation internationale d’élection adoptée le 27 octobre 2001 sous l’égide des nations Unies. Ainsi que les engagements pris dans la déclaration de Bamako en 2000 par les Etats francophones pour la tenue d’élections libres et transparentes.

Le président de la COMISCA a réaffirmé que l’objectif principal de leur mission s’inscrit dans le cadre de la promotion des élections crédibles et de la bonne gouvernance en Afrique. Sur la base de la compilation des fiches d’observations de ses membres sur le terrain, le porte-parole de cette entité internationale connue pour sa neutralité, fait le constat suivant : « Certains militants et représentant de partis LMP ont été empêchés d’exprimer librement leur vote ; des urnes ont été transportées par les hommes en tenue précisément dans la région de Korhogo, Mankono et Séguela. » Mais encore : « Nous avons également assisté au « molestage » de certaines personnes dans les bureaux de vote. » Et ce n’est pas tout : « Le secret de vote n’étant pas respecté et des consignes de vote ont été données par certains membres de bureaux de vote. On a aussi enregistré des dégâts corporels et matériels. »

Conclusion de la COMISCA : « Au regard de tout ce qui précède, le processus démocratique tant souhaité est fortement mis en cause. Par conséquent, la COMISCA constate que la crédibilité du vote dans ces régions ci-dessus citées est fortement entachée » a fait savoir Compaoré Saïdou. Et de conclure en appelant la société civile à garder sa neutralité. Au peuple ivoirien, le porte parole de la COMISCA a demandé de garder son calme, tout en encourageant le gouvernement, la classe politique, le peuple Ivoirien et tous les acteurs impliqués à poursuivre le dialogue national engagé afin que la Côte d’Ivoire retrouve sa stabilité politique et sociale, gage de l’unité national ».

2.4.4 - «Actualité politique ivoirienne : Le regard d’un journal burkinabé sur les résultats. Actualites General Ivorian.Net[24]

Hebdomadaire burkinabé
San Finna le 7/12/2010

 

« […] Proclamation des résultats par la CEI : nulle dans la forme et dans le fond.
Il n’est pas besoin d’être docteur en Droit pour reconnaître que la proclamation des résultats par le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Mr Issouf Bakayoko, est nulle et de nul effet. […]

 

III-Conseils constitutionnels africains : qui peut faire la leçon à qui ?Depuis que le Conseil constitutionnel ivoirien, évoquant le dossier des élections face à la forclusion de la CEI à tranché dans les délais, on en entend des vertes et des pas mûres sur cette institution.[…] Cependant, si l’on doit mener le débat sur la crédibilité des Conseils constitutionnels ou autres institutions du genre en Afrique, qu’on le fasse clairement, sur la base d’un débat objectif. On verra alors que le Conseil constitutionnel ivoirien, s’il est «critiquable » est loin de faire plus mauvaise figure que bien d’institutions du même type, ici et là, sur le continent.[…] Même dans la patrie des droits de l’homme, le Conseil Constitutionnel, à ce qu’on sache, est composé de gens nommés par le Chef de l’Etat et les présidents des chambres parlementaires. […]

 

Alors, arrêtons ces débats sélectifs, discriminatoires au cours desquels, sur des bases subjectives, on délivre des satisfécits aux uns et des blâmes aux autres.

 

IV-Observateurs internationaux et observateurs africains, les pires ne sont pas forcément ceux qu’on croit !

« […]Dans ce pays, les observateurs africains, qui étaient déployés sur l’ensemble du territoire, ont relevé dans le nord et l’ouest du pays, des faits de violences, de fraudes, d’empêchement de voter, de bourrages d’urnes, de vols d’urnes, portant atteinte lourde à la sincérité de la votation et en ont conséquemment préconisé l’invalidation. Mal leur en a prit. On a estimé, au niveau des observateurs internationaux, que tout cela n’était qu’affabulations venant de personnes à la crédibilité douteuse pour avoir surgi du néant. » […]

 

Les observateurs internationaux sont d’autant moins fondés à se targuer d’une supériorité dans l’observation des élections qu’ils ne peuvent pas mieux connaître l’Afrique que les Africains et qu’en nombre insuffisant pour couvrir l’entièreté d’un territoire national, leur jugement est forcément exposé à l’arbitraire.

 

V- De la crédibilité du vote en zone rebelle .Extraits d’un point de vue de Mr Eric Kahé, président de l’Alliance ivoirienne pour la République et la Démocratie (Aird). A méditer !« Les scores régionaux (nous disons bien régionaux et non dans quelques bureaux de vote) obtenus par le candidat du Rdr [Ouattara] dans ces régions atteignent un pic de 93.42% avec une moyenne de 85%, ce que ne réalise aucun autre candidat nulle part ailleurs. Ces scores rappellent ainsi l’ancienne époque soviétique ou celle des partis uniques africains ou des républiques bananières. Le candidat Alassane Ouattara ne gagne donc que dans les zones contrôlées et administrées par des commandants de zone (Com’zones).Non seulement elles sont dirigées par l’ex (?) rébellion qui n’a ni désarmé, ni concédé aux Préfets la moindre autorité, mais ces zones ont la particularité d’être alimentées en informations par des radios pirates aux ordres du Rdr et qui assurent à son mentor une propagande exclusive depuis plus de 8 ans .Malgré les accords de Ouagadougou qui prévoient la cessation de leurs activités au profit de la radio et de la télévision nationales, la situation n’a guère évolué. […]

On comprend maintenant pourquoi l’on tenait tant à des élections sans désarmement ». […]

 

 

 

 

3 – OPINIONS DE JURISTES AFRICAINS

 

3.1 ANALYSE et synthèse de la situation en Côte d’Ivoire par Maître TOURE Lassina, Franco-ivoirien Avocat à la Cour d’Appel de Paris.

in Le Figaro[25] Le 17/12/2010

 

« Le 28 novembre 2010 se déroulaient les élections présidentielles en Côte d’Ivoire, opposant le Président sortant, Monsieur Laurent GBAGBO à l’ancien Premier Ministre, Monsieur Alassane OUATTARA. Que de chemins parcourus pour parvenir à cette élection, tant les embuches furent nombreux, au point que certains croyaient à des manœuvres dilatoires de la part du Président Laurent GBAGBO, pour éviter des élections qu’il savait pour lui perdues d’avance. En fait, Monsieur Laurent GBAGBO expliquera qu’il voulait que soient réunies toutes les conditions d’une élection libre, transparente, démocratique et à l’abri de toute contestation. A cette fin, il a fait plusieurs concessions, parfois même à l’encontre de ses propres intérêts, dont notamment l’utilisation des pleins pouvoirs de l’article 48 de la Constitution, pour permettre à son actuel rival, Monsieur Alassane OUATTARA de participer à ces élections, alors qu’il en avait été empêché, à tort ou à raison lors des précédentes élections.

 

Le Président Laurent GBAGBO avait posé également comme postulat le désarmement des forces rebelles (Forces Nouvelles) et des milices pour permettre des meilleurs conditions électorales sur tout le territoire ivoirien, notamment la possibilité pour chaque candidat et son équipe d’aller librement battre campagne partout, et d’avoir ses hommes dans tous les bureaux de vote pendant tout le processus électoral. Mais des voies se sont élevées dans l’opposition et ailleurs, pour dénoncer une manœuvre dilatoire, visant à retarder inutilement ces élections, si bien que Monsieur Laurent GBAGBO a dû renoncer à cette condition, contre ses propres intérêts, malgré les conséquences prévisibles et désastreuses que cela pouvait avoir pour lui : d’avoir à mener campagne dans une zone hostile et armée, et avec des gens qui ont déjà tenté de le renverser et qui n’hésitent pas à recourir à la violence.

 

Ainsi, il a accepté de participer à ces élections avec ce lourd handicap qu’aucun autre candidat au monde n’aurait accepté, alors que dans le même temps, son principal adversaire du nord ne rencontrait aucune difficulté à se déplacer sur tout le territoire ivoirien.

 

Malgré ces difficultés, au premier tour de ces élections, le Président Laurent GBAGBO a obtenu 38,04%, et son rival Monsieur Alassane OUATTARA, 32,07%, tandis que l’ancien Président, Monsieur BEDIE n’a récolté qu’un peu plus de 25%. Déjà, à l’issue de ce premier tour, le camp présidentiel avait dénoncé des tracasseries, des obstacles et violences, ainsi que des irrégularités dans le nord du pays, à cause de l’insuffisance des observateurs nationaux et internationaux, ainsi que des forces de l’ordre nationales et étrangères. Pour le deuxième tour qui devait opposer Monsieur Laurent GBAGBO à Monsieur Alassane OUATTARA, Monsieur BEDIE ayant été éliminé dès le premier tour, a demandé à ses partisans de se reporter sur Monsieur Alassane OUATTARA, le camp présidentiel de son côté, a décidé de renforcer son effectif dans le nord et demandé aux observateurs nationaux et étrangers d’être plus nombreux sur tout le territoire, et particulièrement dans les zones sous contrôle des forces nouvelles afin d’éviter tout écueil, et le cas échéant, de les constater pour les dénoncer.

 

A ce stade, il convient de rappeler que pour l’organisation de ces élections et de la proclamation des résultats, la Côte d’Ivoire s’est dotée de deux institutions : la Commission électorale indépendante, dite C.E.I. chargée d’organiser les élections, de recueillir les résultats, de les consolider et de proclamer les résultats provisoires dans un délai de trois jours à compter de la clôture du scrutin (Article 59 nouveau du Code Electoral), avant de les transmettre au Conseil Constitutionnel pour la proclamation des résultats définitifs.

 

Le Conseil Constitutionnel est quant à lui, une véritable juridiction en matière électorale, qui reçoit les résultats provisoires fournis par la C.E.I. ainsi que les réclamations éventuelles, les vérifie et statue en dernier ressort sur les cas litigieux, avant de proclamer les résultats définitif (Article 94 de la Constitution). Et sa décision s’impose à tous, sans aucun recours possible. Il faut rappeler à cet égard, que ce Conseil Constitutionnel est calqué dans sa forme, sa composition et ses attributions sur son modèle français du même nom, d’où la nécessité de préciser qu’il ne s’agit pas d’une invention de dernière minute par les autorités ivoiriennes en vue de ces élections. De plus, avant ces élections et après le premier tour, personne n’a contesté la légitimité de cette institution, ni la nomination de son président par le Président de la République. Mais curieusement, si en France le nom du Président du Conseil Constitutionnel n’est jamais associé à celui du Président de la République qui l’a nommé, celui de la Côte d’Ivoire, depuis ces élections, est toujours présenté comme un proche du Président Laurent GBAGBO, du même parti que lui, ou comme un ami du Président Laurent GBAGBO ou encore de quelqu’un de nommé par lui, alors que ces mêmes remarques n’ont jamais été adressées à Monsieur DUMAS sous Monsieur MITTERRAND, ou à Monsieur DEBRE sous Messieurs CHIRAC ou SARKOZY.

 

Au cours du deuxième tour de ces élections, le 28 novembre 2010, beaucoup de partisans de Monsieur Laurent GBAGBO dans le nord du pays ont été brutalisés, incarcérés dans des containers, ce qui a entrainé des blessés, et des morts, et en tout état de cause, ils ont été empêchés de participer de manière régulière à ces élections, depuis le vote jusqu’au procès verbal des résultats. Ce constat d’irrégularité a été fait non pas seulement par des observateurs ivoiriens et africains, mais également par ceux de la C.E., dont le représentant énumérait à la télévision ivoirienne et sur des chaines internationales, les différentes irrégularités et violences subies au nord par les partisans du Président Laurent GBAGBO, et concluait qu’il appartiendrait aux autorités ivoiriennes d’en tirer toutes les conséquences, tout en admettant par ailleurs que dans l’ensemble ces élections étaient acceptables. C’est ainsi, qu’à l’issue de ces votes, le camp présidentiel présentait des requêtes en annulation des votes de certaines régions du nord et de l’ouest entachés selon eux d’irrégularités et portant gravement atteinte à sincérité du scrutin.

 

la Commission électorale indépendante (dite CEI).

La CEI qui devait recevoir les résultats de ces élections, les consolider (regrouper de manière homogène) et proclamer les résultats provisoires, par la voix de son président entouré de ses membres et en son siège, avant de les transmettre au Conseil Constitutionnel pour la proclamation des résultats définitif, n’est pas parvenue à un consensus, car cette institution qui est essentiellement composée des membres des différents partis politiques, a transposé en son sein ses querelles intestines qui ont fini par paralyser son bon fonctionnement, l’empêchant ainsi de proclamer un résultat provisoire dans le délai légal de trois jours qui lui était imparti. Dans cette hypothèse, faute de parvenir à un accord pour la proclamation du résultat provisoire, les lois ivoiriennes prévoient la transmission du scrutin en l’état au Conseil Constitutionnel, pour que celui-ci le reprenne en entier, le purge de tous ses litiges et proclame le résultat définitif. En l’espèce, c’est ce qui aurait dû se passer, la CEI devait tout simplement transmettre le dossier au Conseil Constitutionnel pour que celui-ci tranche les cas litigieux et proclame le résultat définitif. Si les choses s’étaient produites ainsi, il n’y aurait pas eu, toutes les polémiques que nous voyons actuellement sur la Côte d’Ivoire, car le droit se serait appliqué du début à la fin. Au lieu de cela, qu’à t-on constaté ? A la suite de l’échec de la C.E.I. de parvenir à un consensus sur le résultat consolidé et provisoire, si son président a effectivement transmis le dossier au Conseil Constitutionnel pour la suite à donner au processus, il s’est curieusement rendu à l’Hôtel du Golf servant de QG aux forces Nouvelles, et qui était également occupé à cette occasion par les membres des partis de l’opposition. En présence de ces derniers et de la presse étrangère, exclusivement invitée pour la circonstance, sous le motif de déclarations solennelles des partis de l’opposition, le Président de la C.E.I. dans ces circonstances bien étranges, et hors contexte, s’est livré à la proclamation de prétendus résultats de ces élections, faisant état de plus de 54% pour Monsieur Alassane OUATTARA et d’un peu plus de 45% pour Monsieur Laurent GBAGBO. Ces résultats qui ne reflètent aucune réalité puisqu’à les supposer incontestables, n’étaient que provisoires, dans la mesure où ils comportaient encore tous les cas litigieux non encore jugés, et pourtant ce sont ces résultats qui, en quelques minutes ont sillonné le monde entier par le biais des différents media étrangers, annonçant à ce stade, Monsieur Alassane OUATTARA comme vainqueur des élections.

 

Le représentant de l'ONU

A cette confusion est venue s’ajouter la déclaration du représentant spécial des Nation Unis en Côte d’Ivoire, Monsieur CHOI, qui a d’abord confirmé la victoire de Monsieur Alassane OUATTARA. Puis, soumis au feu roulant des protestations des autorités ivoiriennes, de la presse et de la population, Monsieur CHOI a ajouté que d’après ses propres modes de calcul au nombre de trois, même si on écartait les cas litigieux - sans pour autant préciser lesquels - Monsieur Alassane OUATTARA serait vainqueur sur Monsieur Laurent GBAGBO avec une différence de 8 à10%. On se demande d’ailleurs comment Monsieur CHOI a pu parvenir à ce résultat, alors que tout bon fonctionnaire international, il n’a aucune compétence en matière juridictionnelle pour trancher de tels cas litigieux, et que par ailleurs, son rôle qui devait consister à suivre ces élections et à certifier le résultat définitif fourni par le Conseil Constitutionnel, s’il lui paraissait conformes aux normes internationales, ou à refuser cette certification si tel n’est pas le cas. Ainsi, ces résultat provisoires qui ne reflètent aucune réalité de la situation ont été repris sans discernement par le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur BAN KI MOON, puis par Madame Hillary CLINTON, par Monsieur Barak OBAMA, Monsieur SARKOZY, l’UE, la CEDEAO, l’UA, faisant de Monsieur Alassane OUATTARA le vainqueur des élections en Côte d’Ivoire avec plus de 54% des voix, alors que ce chiffre n’est que provisoire et par ailleurs, chargé de tous les cas litigieux.

 

De son côté, le Président Laurent GBAGBO qui avait été pressé par la communauté internationale d’aller aux élections ; qui par ailleurs a dû faire plusieurs concessions, pour ne pas être taxé de vouloir confisquer le pouvoir ; qui a en outre, participé à ces élections dans des conditions qui lui étaient tout à fait défavorables, tout en demandant à ses partisans de se conformer aux lois en toute circonstance ; et qui enfin, n’a jamais tenter d’arrêter le cours de ces élections face à ces violences, ou de recourir à des moyens déloyaux ; a décidé de saisir le Conseil Constitutionnel de toutes ses réclamations sur des faits précis, corroborés par procès-verbaux, des témoignages d’observateurs nationaux et étrangers. C’est alors qu’après examens, vérifications et constatations, le Conseil Constitutionnel, par son jugement, a annulé certains votes, ce qui lui a permis d’aboutir au résultat de 51,45% pour Monsieur Laurent GBAGBO et de 48,55 % pour Monsieur Alassane OUATTARA – résultat aussitôt contesté par le camp de Monsieur Alassane OUATTARA, par Monsieur CHOI, par les Nations Unies et puissances occidentales, ainsi que par la CEDEAO et l’Union Africaine. Dès le lendemain de la proclamation de ces résultats définitifs, le Président Laurent GBAGBO nouvellement élu a prêté serment devant le Conseil Constitutionnel, réuni en assemblée solennelle, conformément à l’article 39 de la Constitution, tandis que son rival malheureux, Monsieur Alassane OUATTARA, adressait au Conseil Constitutionnel par voie d’Huissier de justice un courrier contenant son serment, contrairement aux dispositions de la constitution ivoirienne. Du point de vue légal, le résultat définitif tel que proclamé par le Conseil Constitutionnel et la prestation de serment par le Président Laurent GBAGBO sont tout à fait conformes aux textes ivoiriens, et que par ailleurs la participation des Nations Unies à une élection n’a pas objet de priver cet Etat de ses lois et de sa souveraineté. A cet égard, il convient de rappeler que les Nations Unies sont en Côte d’Ivoire à la demande des autorités ivoiriennes ; que cet organe, constitué d’Etats membres n’est ni une super structure, ni un supplétif d’Etat, et comporte dans sa charte, une interdiction absolue de s’immiscer dans les affaires intérieurs d’un Etat, sans considération de sa puissance économique ou militaire. En outre, l’une des règles sacrées des Nations Unies est d’éviter de créer des conditions conflictuelles à défaut de pouvoir régler des situations difficiles. Or, en Côte d’Ivoire, non seulement elles ne sont pas arrivées à aider les ivoiriens à surmonter leurs difficultés, mais par leurs initiatives inconsidérées risquent de plonger le pays dans une guerre entre ivoiriens aux conséquences incommensurables. La possibilité de certifier des résultats définitifs par les Nations Unies - ce qui était une première en Afrique - ne lui conférait aucun pouvoir de se substituer aux Institutions ivoiriennes pour désigner leur Président de la République. Quant aux puissances occidentales, aveuglées par leurs intérêts immédiats, par leurs soutiens à un candidat ou par sa reconnaissance en tant que président, dans des conditions contraires aux règles juridiques qu’elles défendent elles mêmes dans leur propre pays, risquent de plonger la Côte d’Ivoire dans un conflit où tous y perdraient. La seule solution de nature à satisfaire tous les intérêts en présence serait la recherche d’une solution politique, le droit étant du côté du Président Laurent GBAGBO, car Monsieur Alassane OUATTARA pourra difficilement, du point de vue légal, faire triompher sa cause présidentielle, à partir de résultats provisoires et au demeurant contestés, et d’un serment prêté par écrit, convoyé même par Huissier de Justice, auprès d’un Conseil Constitutionnel dont il conteste la décision. En outre, du point de vue politique quel est ce président qui voudra marcher dans une rivière de sang pour aller occuper un fauteuil Présidentiel souillé du sang de son adversaire.

 

En considération de tout ce qui précède, Que tous ceux qui aiment la Côte d’Ivoire ou qui la considère comme un pays frère ou ami, ou même qui ne l’aiment pas mais qui considèrent qu’il y a des être humains qui y vivent et qui aspirent comme eux même d’y vivre dans la paix, examinent la situation de ce pays avec beaucoup d’humanité et de responsabilité, car nous ne sommes pas très loin de deux groupes prêts à s’affronter et nous savons tous ce que cela a produit au Rwanda ! Merci de votre attention. »  

 

 

3.2 – Analyse par Maître Hermann YAMEOGO, président de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD)[26]

 

"Le Président Gbagbo mène un combat transfrontière qui interpelle tous les citoyens du monde soucieux de la primauté du Droit". Interview par le journal Burkinabe San Finna, publié le lundi 31 janvier 2011

 

1) San Finna (SF) : Etes-vous étonné par la crise postélectorale que vit la Côte d’Ivoire ?

Me Hermann Yaméogo (HY) : Pas le moins du monde ! J’ai souvent employé le concept de coup d’Etat électoral dans le contexte de la crise ivoirienne pour prévenir que malgré l’Accord politique de Ouagadougou, on pourrait bien recourir à la fraude pour convertir cette tentative de putsch du 19 septembre 2002 en coup d’Etat électoral.

 

2) SF : Qu’est-ce qui vous faisait penser à cela ?

HY : Dans toutes les Résolutions du Conseil de Sécurité comme dans tous les accords relatifs au dossier ivoirien, il était régulièrement mentionné la réunification, le désarmement, la reconnaissance de la primauté de la Constitution, des lois et institutions ivoiriennes. Le 4ème accord complémentaire de l’Accord de Ouagadougou du 22/12/2008 précisait bien, concernant le désarmement, ce qui suit en son Article 3 : « Afin de favoriser l’organisation des élections dans de bonnes conditions, les deux Parties ont convenu de relancer, sans délai et sous la conduite du Cci et la supervision des Forces impartiales, le désarmement, le stockage des armes des deux Forces ex-belligérantes, ainsi que la démobilisation des ex-combattants; des Forces nouvelles. En tout état de cause, ces opérations devront être achevées au plus tard deux mois avant la date fixée pour l’élection présidentielle ». Eh bien, malgré toutes ces garanties, le désarmement n’a pas eu lieu. Pour moi, le simple fait que l’on n’ait pas vu s’exercer des pressions de la part de la communauté internationale pour que la rébellion rentre sincèrement dans la République , indiquait qu’il y avait anguille sous roche. On entendait utiliser la partition de fait du pays pour influencer le moment venu, le vote.

 

3) SF : Mais alors, pourquoi d’après vous, Laurent Gbagbo a-t-il tout de même accepté d’aller à ces élections ?

HY : En tout cas, il se sera battu pour faire respecter la Constitution ivoirienne qui dit que les élections ne peuvent s’organiser quand le pays est divisé. Mais la pression était trop forte, et pour le contraindre à aller à la guillotine électorale, on a mis à contribution les médias pour le faire apparaître comme un pleutre, celui qui se défile tout le temps pour organiser les élections parce qu’il sait qu’en le faisant, il ne peut qu’en sortir perdant. Il a fini par s’y plier, se disant sans doute qu’il avait certaines cartes maîtresses en main : un peuple avec lui, l’engagement de la communauté internationale à faire respecter la Constitution ivoirienne, celui de son adversaire de respecter les décisions de la Commission électorale indépendante comme celles du Conseil constitutionnel.

 

4) SF : Ne peut-on pas quelque part, dire qu’il se prévaut maintenant de sa propre turpitude ?

HY : L’argument pour moi est puéril et juridiquement faible.

D’abord, à la limite, ce n’est pas parce que quelqu’un accepte d’être victime d’une infraction pénale que cela efface automatiquement la commission de l’acte délictueux et éteint toute action pénale. Si l’on peut transiger sur tout ce qui intéresse le civil, on ne peut –sauf rares exceptions- le faire pour le pénal. Ensuite, Laurent Gbagbo n’a jamais accepté le bafouement de la primauté du Conseil constitutionnel ni le transfert de la légitimation populaire du peuple souverain de Côte d’Ivoire à une communauté internationale, juridiquement incapable.

 

5) SF : Mais, et cet article 64 du Code électoral qui montre que le président du Conseil Constitutionnel s’est trompé parce qu’il aurait dû faire rependre les élections… ?

HY : D’abord, nulle part, il n’est fait interdiction à ce Conseil d’évoquer un différend électoral et de le vider en dernier ressort. D’ailleurs, la loi organique relative au Conseil constitutionnel prévoit ces cas de figure. Mais à supposer même que votre observation soit fondée, encore qu’on en soit loin, on ne ferait là que commenter une décision de justice revêtue de l’autorité de la chose jugée, non susceptible de quelque recours que ce soit. Voyez-vous, il n’existe pas une instance à laquelle est reconnu le pouvoir d’élever le contentieux électoral pour réformer la décision du Conseil constitutionnel. Même l’Etat le plus puissant du monde ne le peut. Les Nations Unies n’y sont pas davantage habilitées encore moins la fameuse « communauté internationale » qui n’est même pas un « machin » mais un attrape-nigaud pour ne pas dire une couillonnade.

 

6) SF : Et la certification, ça compte pour rien d’après vous ?

HY : La certification, je vous le rappelle, devait se faire à la fin de tout le processus comme cela s’est fait au premier tour. La CEI a tenté de doubler le Conseil constitutionnel, ce qui révèle encore plus a posteriori la préméditation du coup d’Etat électoral. En tout état de cause, le jeu ici n’était pas de faire de Mr Choi celui qui en dernier recours, légitimerait le vainqueur. La Résolution 1765 des Nations Unies, ainsi que l’a rappelé Me Marcel Ceccaldi, avocat du Barreau de Paris, n’a pas fait droit aux demandes d’extension des compétences de Mr Choi mais a plutôt limité ses pouvoirs par rapport à ceux qui étaient reconnus à son prédécesseur Gérard Stoudman, Haut représentant des Nations Unies pour les élections en Côte d’Ivoire. Et il a été réaffirmé que la certification ne saurait s’entendre d’un transfert de la compétence du pouvoir de légitimation du peuple ivoirien au Sieur Choi. Enfin, je vous rappelle qu’un collectif d’avocats entend même demander une sanction contre Mr Choi pour détournement de pouvoirs, violation de la charte onusienne…. Je ne vois pas, si le Droit est bien dit, comment Ban Ki-moon lui-même n’y laisserait pas des plumes !

 

7) SF : Pour vous donc, Laurent Gbagbo est bien dans son droit ?

HY : Laurent Gbagbo est tout à fait dans son droit. Absolument. La communauté internationale a été embarquée dans une entreprise foireuse par des politiques qui pensaient que de la même manière qu’ils foulent sans conséquence au pied les constitutions de bien de pays africains pour y réaliser des putschs électoraux et placer ceux qu’ils voulaient à la tête des Etats, ils pouvaient ensemble et de concert, en bande organisée, faire la même chose en terre éburnéenne. C’est le bide honteux.

Nicolas Sarkozy, Ban Ki-moon, ont oublié qu’ils avaient affaire à un homme vissé à la tête d’un Etat, en parfaite symbiose avec une Armée patriotique, un peuple mobilisé, et non à des opposants malmenés, sans le sou, dans le silence de la « communauté internationale ». Un homme, qui n’est pas, leur en déplaise, arrivé accidentellement au pouvoir et qui incarne une Cause dans laquelle il lui suffisait de savoir se concilier le temps pour en faire éclater la noblesse aux yeux du monde. Nous y sommes actuellement, et on peut imaginer l’humiliation, pour ne pas dire plus, qui en résultera pour tous ceux qui se sont précipités dans cette aventure en osant même semer la graine de la désorganisation dans certaines organisations comme la CEDEAO, l’UEMOA, la BCEAO …

 

8) SF : Quel sens en définitive donnez-vous au combat qu’il mène ?

HY : Je situe son combat dans une triple dimension.

La première est nationale et concerne la mobilisation de ses compatriotes pour sauver les institutions, l’identité de la Côte d’Ivoire, l’indépendance -au sens entier du terme- de son pays. La seconde est africaine et elle s’attache à sensibiliser tous les Africains à la nécessité d’engager le véritable combat libérateur qui passe par la reprise en main des richesses du continent. La dernière dimension est mondiale et s’attache à l’atteinte portée au droit international par des nations gardiennes de fait de l’ordre public international en tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le fait incriminé ici, c’est la reconnaissance par les Usa, la France, l’Union Européenne, les Nations Unies, de l’élection d’un candidat en violation de la Constitution et des lois d’un pays en lieu et place de la volonté d’un peuple, des standards démocratiques internationaux en matière électorale, et ce par des manœuvres dolosives.

Il y a ici un combat transfrontière qui interpelle tous les citoyens du monde soucieux de la primauté du Droit.

 

9) SF : Quels risques voyez-vous si son combat n’aboutit pas ?

HY : Pour la Côte d’Ivoire, ce serait un virage vers la mise à l’encan des richesses du pays, la captation de sa souveraineté nationale et pour l’Afrique, ce serait une nouvelle ère d’exploitation avec encore plus de mépris et de néantisation de l’homme noir.

Ce serait la voie royale pour la corrosion du Droit, sa domestication par des forces maffieuses, politiques, médiatiques, financières… Ce serait l’amorce d’un processus d’insécurisation du monde car si le Droit, qui est la poutre maîtresse de toute collectivité humaine organisée, est corrompu, c’est toute la collectivité qui le sera.

 

10) SF : Que pensez-vous de la décision prise à Addis-Abeba de confier à un panel de cinq chefs d’Etat le soin de trouver, dans le délai d’un mois, une solution de sortie de crise contraignante pour les deux protagonistes ?

HY : Elle va dans le sens de certains pays africains (Afrique du Sud, Angola, Malawi, Gambie, Cap Vert, Zimbabwe…) qui ont toujours préconisé le dialogue en lieu et place de la guerre, et surtout une solution typiquement africaine au règlement de la crise. C’est le lieu pour moi de souligner la position tout à fait sage et courageuse prise par Alpha Condé à Ouagadougou et à Luanda par rapport au règlement de ce dossier par des voies négociées.

Cette décision de l’UA, je dirai qu’elle me contente mais m’inquiète aussi.

Elle me réjouit d’abord car elle recadre les va-t-en guerre, démasque l’imposture de la communauté internationale, fait droit contre Ban Ki-moon, à la demande de vérification et d’évaluation du processus électoral demandé par le président Laurent Gbagbo. C’est dire que, plus que les fraudes proprement dites à l’encontre de ce dernier, c’est le complot international contre la Côte d’Ivoire, à travers toutes ses péripéties, qui risque d’être mis à nu.

D’un autre côté, j’imagine les tsunamis que peuvent provoquer ici et là, jusqu’au sein des nations Unies, les preuves rapportées de ce complot. Je me représente aussi les litiges qu’il faudra éventuellement traiter à la faveur du rapport de ce panel comme des décisions des différentes juridictions déjà saisies ou en voie de l’être, qui sont entre autres la Cour de Justice de l’UEMOA, le TANU (NDLR : Tribunal administratif des Nations Unies), la Cour de justice internationale…

Il y a tant de pertes en vies humaines, de dégâts matériels, de violations de droits professionnels, économiques et sociaux, à cause de cette habilitation illégale d’un candidat (qui s’est permis de donner des mots d’ordre ravageurs pour le pays) qu’on peut légitimement être angoissé devant les réparations qui vont suivre. Combien tout cela va-t-il coûter ? Qui va payer la facture ?

En même temps, je me réjouis d’être du bon côté de l’Histoire et de défendre une cause dont je trouve qu’elle servira les intérêts de l’Afrique avec ce leadership de Laurent Gbagbo que je n’ai pas pour rien comparé à N’Nkrumah et à Lumumba au plus fort de la rébellion.

 

11) SF : Ban Ki-moon vient de dire qu’un recomptage des voix serait injuste pour Mr Ouattara ?

HY : Ban Ki-moon a eu la réaction du noyé qui s’accroche à un brin de paille. Il ne voudrait pas ce recomptage qui va dévoiler le pot aux roses. Je comprends… Mais de là à se rabattre sur le caractère injuste du recomptage, c’est lamentable ! Car qui peut, honnêtement, s’opposer à une mesure aussi élémentaire, destinée à éclairer les décisions à prendre ? Il aurait mieux fait, comme les Forces Nouvelles, de rejeter directement la création de ce panel. Ici, il a fait une sortie totalement décalée qui le décrédibilise encore plus

 

4 – OPINIONS D’INTELLECTUELS ET DE POLITIQUES AFRICAINS OU DE SPECIALISTES

 

 

4.1 - Côte d'Ivoire: «la moindre intervention de l’Occident mettrait le feu aux poudres»

par Michel Galy, politologue, auteur de « Guerres nomades et sociétés ouest-africaines », aux éditions de L’ Harmattan. Propos recueillis par Alain Léauthier – Marianne. Mercredi 8 Décembre 2010

 

Les élections présidentielles en Côte d'Ivoire n'auront pas été à la hauteur des espérances. Plusieurs jours après ce scrutin historique, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara continuent de se disputer le siège de président. Violences, votes falsifiés ou manque d'informations… autant de preuves pour Michel Galy, que cette élection n'aura été qu'un échec.

 

Et si la communauté internationale se trompait ? Ou péchait par ignorance. À l’heure où la situation en Côte d’Ivoire semble plus volatile que jamais, ceux qui contestent la régularité de l’élection d’Alassane Ouattara se font de plus en plus rares. Quelques caciques socialistes persistent, tels Henri Emmanuelli,  François Loncle ou encore Guy Laberit qui après avoir joué les « Monsieur Afrique » du PS tient désormais ce rôle à la Fondation Jean Jaurès. Il fût et reste l’ami personnel de Laurent Gbagbo et son hôte quand le « boulanger d’Abidjan » était en exil à Paris, au début des années quatre-vingt. Des chercheurs aussi s’interrogent sur les conditions de l’élection, plus particulièrement dans les provinces du Nord qui ont littéralement plébiscité Alassane Ouattara. C’est le cas de Michel Galy (1), politologue au Centre d’étude sur les conflits et bon connaisseur de la Côte d’Ivoire. Il se trouvait encore à Abidjan quand Marianne2 a réalisé avec lui cette interview, le mardi 7 décembre 2010.

 

Marianne : Avant le premier tour vous vous réjouissiez des progrès de la pacification et de la démocratisation du pays. Aujourd'hui, vous déchantez ?

 

Michel Galy : Je suis bien obligé de faire mon mea culpa. Même si les violences restent assez marginales dans la capitale, elles s’étendent en province. Et la moindre intervention de l’Occident, que ce soit les troupes de l’Onuci (Opération des Nations-Unies en Côte d’Ivoire) ou à fortiori les militaires français, mettrait le feu aux poudres. Oui c’est un échec, mais faut-il encore savoir ce qui a échoué.

 

Le dépassement du vote ethno-régional par exemple ?

Cela dépend où. À Abidjan, il y a un métissage de populations et d’opinions. Pour diverses raisons, Gbagbo y reste largement en tête, son discours anti-colonialiste séduit les jeunes et les défavorisés. Ailleurs dans les campagnes, il est certain qu’on a beaucoup voté selon son appartenance ethno-régionale.

 

Vous doutez de la régularité du scrutin dans le Nord et pourtant les observateurs internationaux n’ont rien relevé de dramatique….

Le Nord vit depuis des années sous le strict contrôle des Forces Nouvelles (les ex-rebelles qui n’ont jamais vraiment désarmé, ndlr). La pluralité des sources d’information n’y existe pas. Celle-ci est partielle et partiale. Dans les villages Sénoufos, les gens étaient convaincus qu’en cas d’élection de Gbagbo, il y aurait de grands massacres pour les éliminer. Rien d’étonnant si après vous vous retrouvez avec des scores de 90 ou 95% pour Ouattara.

 

Mais si le vote a été obtenu à la régulière…

Des représentants du parti de Gbagbo ont été molestés et la télévision ivoirienne, contrôlée par son parti, ne s’est effectivement pas privée de diffuser les images en boucle. La rumeur affirme qu’il y aurait même eu des scrutateurs pro-Gbagbo tués. Ailleurs on a falsifié des procès-verbaux de vote et dans certaines bourgades, il y a eu plus de votants que d’habitants. Les observateurs internationaux n’ont rien vu de tout cela, parce que le Nord est étroitement quadrillé par les Forces Nouvelles. On les a baladés, voilà la vérité… Alors, entre les PV truqués et les pressions…

 

Le représentant de l’ONU affirme que même en tenant compte des cas de fraudes signalés par le camp Gbagbo, Ouattara l’aurait quand même emporté ?

Je ne peux pas me prononcer. Mais les résultats sont vraiment troublants. Que Gbagbo ait fait un score dérisoire dans le Nord peut se comprendre, à cause de la guerre civile et de l’évolution démographique de ces provinces. Mais Henri Konan Bédié (l'ex-président de 1993 à 1999, éliminé au premier tour et qui s’est allié avec Ouattara, ndlr) y disposait d’une certaine audience. Or, lui aussi récolte des miettes.

 

Et sur le plan du droit…

Il n’y a pas la moindre ambiguïté : il revenait bien au Conseil constitutionnel de proclamer le résultat. Lequel, par ailleurs, est entièrement aux mains des partisans de Gbagbo comme la Commission électorale indépendante était aux deux tiers dominée par l’opposition.

 

Va-t-on vers une partition de fait ?

Vu d’Occident, ce serait d’une certaine manière la moins pire des solutions, au moins pendant un certain temps. Mais ce serait sous-estimer un certain nationalisme ivoirien qui s’accommodera mal d’une telle situation. Il faut espérer que des médiations, celle de l’Église par exemple, permettront d’éviter la catastrophe. »

 

 

4.2 - Côte d’Ivoire : Le jeu de la "comédie internationale"[27]

Par Realchange (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). AGORAVOX

Mardi 21 décembre 2010

 

 

Depuis quelques semaines, la Côte d’Ivoire vit une situation politique préoccupante, instable et dangereuse, consécutive à l’organisation d’élections ayant dû conduire à la désignation par le peuple ivoirien souverain du président de la République de Côte d’Ivoire.

Si la communauté internationale semble unanime pour reconnaître la victoire de Mr Alassane Ouattara, le peuple ivoirien pour sa part parait très divisé, plus divisé que jamais entre les partisans du président proclamé par la commission nationale électorale indépendante (Mr Alassane Ouattara) et celui déclaré par le conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire (Mr Laurent Gbagbo).

L’arbitrage de cette situation inédite semble très difficile.

La principale faute de Mr Laurent Gbagbo est d’avoir empêché ou tenté d’empêcher la commission électorale nationale indépendante de publier les résultats de l’élection avant de formuler ses recours auprès des instances compétentes pour faire observer fraudes et irrégularités dans le déroulement du vote.

En empêchant la proclamation des résultats par la commission électorale nationale indépendante, Mr Laurent Gbagbo a porté par là même une atteinte au processus électoral.

Quant à Mr Alassane Ouattara, en considérant les résultats de la commission électorale nationale indépendante comme l’aboutissement du processus électoral et en accusant d’emblée le conseil constitutionnel de partialité dans l’examen des recours probables portés par le candidat Laurent Gbagbo, Mr Alassane Ouattara a porté atteinte à l’objectivité et à l’indépendance des institutions en place en Côte d’Ivoire, lesquelles avaient pourtant démocratiquement accompagné le processus électoral en cours dans ce pays.

Ce même discours accusatoire de manque d’indépendance du conseil constitutionnel qui serait entièrement acquis à la cause de Mr Laurent Gbagbo a été repris en chœur par la communauté internationale, notamment la France, l’Union Européenne, les USA, l’ONU.

Comment devrions-nous observer les prises de position de la communauté internationale dans la crise actuelle en Côte d’Ivoire ?

1- Papa a dit : « Gbagbo doit partir »

L’intervention du président Sarkozy faisant un ultimatum à Mr Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir avant la fin de la semaine dernière était pour le moins paternaliste, maladroite et mal reçue par ceux qui militent pour rompre ce lien d’ordre de la France à l’Afrique ou de sujétion de l’Afrique envers l’ex puissance coloniale.

On se rappellera que malgré les promesses faites par le candidat Sarkozy de changer les rapports de l’ex puissance coloniale avec les Etats africains (en gros sortir de la Françafrique), nous avons assisté à un renoncement regrettable à cette ambition, renoncement commandé, nous dit-on, par les pressions diverses, le réalisme des affaires, la préservation des intérêts français qui passe davantage par une coopération avec des dictateurs que par l’institution de gouvernements responsables et démocratiques…Voilà l’état actuel de la situation politique entre la France et l’Afrique. 

Dès lors aucune voix politique française ne saurait être légitimement entendue par les peuples africains (surtout lorsqu’il s’agit simplement d’obéir aux ordres ou aux ultimatums de « papa ») tant que ne pointera pas à l’horizon un véritable changement global de politique française en Afrique.

Pour porter un message audible, la France doit définir une nouvelle jurisprudence dans ses relations avec les dirigeants africains et non avoir une politique à géométrie variable selon qu’il s’agisse de régler le problème de l’insoumission de Mr Laurent Gbagbo aux ordres de la métropole ou du maintien coûte que coûte au pouvoir de certains dirigeants dont la longévité est incompatible avec tout exercice sérieux du pouvoir ; voire le soutien aux fils d’anciens dictateurs pour assurer la continuité des rapports actuels de coopération entre la France et ces pays. 

Sans une nouvelle jurisprudence, sans un nouveau discours, sans une nouvelle politique œuvrant pour le développement, la transparence et la responsabilité, l’intervention de la France en Côte d’Ivoire restera illégitime et inaudible comme elle le sera partout ailleurs en Afrique.

2- L’administration Obama ou les espoirs déçus !

L’administration Obama ne bénéficie pas à ce jour d’une crédibilité suffisante en Afrique. Les promesses faites par le président Barack Obama n’ont pas été suivies d’actions efficaces sur le terrain pour impulser un changement dans la gouvernance des Etats africains.

Les USA, tout comme la France, ont assisté passivement à la parodie électorale gabonaise, aux élections douteuses en République du Congo, aux gesticulations de Mr Paul Biya pour se maintenir au pouvoir au Cameroun, à la mise à l’écart de Mr Kofi Yamgnane du processus électoral au Togo etc.

La plupart des dirigeants africains ont maintenu leurs relations avec les USA, nonobstant le manque de transparence dans la gouvernance de leurs Etats.

Il serait peut-être intéressant d’entrevoir l’amorce d’une exigence de gouvernance démocratique dans la prise de position des USA en Côte d’Ivoire, mais c’est une intervention qui souffre de son retard et d’un manque véritable d’engagement et d’implication de l’administration Obama en Afrique.

3- Le manque de crédibilité des organisations régionales et internationales

Pour ce qui est de la CEDEAO ou de l’Union Africaine, il reste difficile de donner quelque crédit à une majorité de dirigeants composant lesdites communautés. Que vaut aujourd’hui la voix d’un président gabonais, nigérian, togolais, camerounais…pour donner des leçons à la Côte d’Ivoire ?

La voix de l’ONU est elle aussi viciée par la très grande variabilité de sa propre jurisprudence internationale. Elle n’a de force que celle dictée par les membres du conseil de sécurité, qui eux défendent d’avantage leurs intérêts que ceux du reste de la communauté internationale.

Il subsiste donc à ce jour de sérieux doutes sur l’objectivité et la sincérité de la communauté internationale à s’impliquer pour le changement des systèmes de gouvernement et le développement en Afrique.

Une acceptation de son rôle en Côte d’Ivoire ne saurait s’accepter que si elle annonce une volonté de faire échec au désordre et aux dictatures, pour préserver et faire valoir les intérêts des peuples africains d’abord avant toute autre préoccupation.

Sur les dix dernières années il y a eu de nombreuses échéances électorales en Afrique qui ont abouti à une véritable prostitution des processus électoraux conduisant au maintien des dictateurs ou à la transmission du pouvoir à leurs fils sans que l’intervention de la communauté internationale n’ait changé quoi que ce soit à ces processus.

Il serait temps d’organiser dans le cadre des Nations Unis et du G20 une véritable conférence internationale destinée à l’Afrique pour annoncer solennellement à l’endroit des dirigeants africains le rôle que la communauté internationale entend jouer pour promouvoir la bonne gouvernance, s’impliquer activement dans l’organisation d’élections transparentes et démocratiques afin d’amorcer et d’accompagner le développement nécessaire de ces pays et de leurs institutions.

Au lieu d’envoyer des émissaires douteux pour superviser les processus électoraux en Afrique, la communauté internationale gagnerait en crédibilité en envoyant des représentants de la société civile internationale, des associations et groupements luttant pour la transparence et le changement des systèmes de gouvernement en Afrique, en appuyant et en soutenant sans réserve l’action de ces derniers pour resserrer l’étau autour des dictateurs et autres usurpateurs de votes.

Dans le même ordre d’idées, la justice internationale devrait être compétente pour juger non seulement les génocides et autres exactions sur les populations mais aussi des détournements graves des richesses nationales et deniers publics au seul bénéfice des dirigeants et autres dictateurs.

 

4.3 - « Les Ivoiriens résisteront à la nouvelle guerre de Ouattara »[28]

Entretien avec Alain Toussaint, conseiller de Laurent Gbagbo. AFRIK.COM

vendredi 31 décembre 2010 / par Falila Gbadamassi

 

 

« La crise post-électorale perdure depuis un mois en Côte d’Ivoire. La médiation entreprise par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui n’exclut pas de recourir à la force, ne semble pas avoir eu raison de la résistance de Laurent Gbagbo, reconduit à son poste de Président par le Conseil constitutionnel. En dépit du soutien de la communauté internationale, Alassane Ouattara, déclaré vainqueur de la présidentielle ivoirienne par la Commission électorale indépendante, n’exerce pas seul la fonction suprême. Alain Toussaint, conseiller du Président Laurent Gbagbo chargé des relations avec l’Union européenne, explicite la position de son camp dans cette nouvelle crise ivoirienne. Entretien.

 

Alors qu’Alassane Ouattara, le Président ivoirien élu selon la Commission électorale indépendante, vient de lui lancer un ultimatum qui expire ce vendredi à minuit, Laurent Gbagbo n’est pas près de quitter le pouvoir, confirme Alain Toussaint, son conseiller chargé des relations avec l’Union européenne. Selon lui, l’un des deux Présidents ivoiriens prône le dialogue pour trouver une issue à la crise politique que traverse son pays depuis le 2 décembre. Les "Jeunes patriotes", conduits par le ministre de la Jeunesse Blé Goudé, menacent, eux, de « libérer » après le 1er janvier » le Golf Hôtel, où Alassane Ouattara a trouvé refuge, sous la protection des Nations unies, également menacées par les partisans de Laurent Gbagbo.

 

Afrik.com : Laurent Gbagbo conteste la victoire d’Alassane Ouattara mais le fait qu’on ait vu ses partisans empêcher la proclamation des résultats par la Commission électorale indépendante (CEI) ne constitue-t-il pas une preuve de sa défaite ? 


Alain Toussaint : Pas du tout ! La CEI est contrôlée à 90% par les membres du RHDP (le Rassemblement des Houphouétistes pour la paix, coalition qui s’est formée autour d’Alassane Ouattara au second tour, ndlr). La commission électorale en Côte d’Ivoire est partisane et largement dominée par des intérêts politiques. Les représentants de LMP (La majorité présidentielle, ndlr) au sein de la CEI ont souhaité qu’aucun résultat ne soit rendu public sans qu’il n’y ait validation et accord entre les différents intérêts représentés. C’est compte tenu de la violation de ces règles que les représentants de LMP ont empêché la proclamation des résultats provisoires de trois régions qui étaient acquises au Président Gbagbo comme on l’a constaté plus tard. Ce sont des régions - Agneby, Moyen Cavally et Sud Comoé - où le Président Gbagbo est arrivé largement en tête.

Afrik.com : N’aurait-il pas été plus équitable que le Conseil constitutionnel, qui devait juger du contentieux, réorganise les élections pour l’évacuer ? D’autant que les contestations du camp Gbagbo concernent le Nord qui n’est pas son fief naturel. Alassane Ouattara avait largement remporté le scrutin dans ces régions lors du premier tour de la présidentielle. 


 

Alain Toussaint : Le Président Gbagbo ne conteste pas les résultats de l’élection puisqu’il a été déclaré, lui, vainqueur selon la loi ivoirienne. Le Conseil constitutionnel a proclamé Laurent Gbagbo Président de la République de Côte d’Ivoire et M. Alassane Ouattara comme celui qui a perdu les élections. Le Conseil constitutionnel a jugé recevable les recours en annulation introduits par le Président Laurent Gbagbo […] Dans plusieurs régions du Nord du pays, où les élections ne se sont pas déroulées dans des conditions de transparence et de sécurité ; et lorsque le vote a pu avoir lieu, les PV dans la plupart des circonscriptions ont été trafiqués par les partisans de M. Ouattara. C’est tout cela qui a motivé la décision du Conseil constitutionnel qui a agi en toute responsabilité. Le Conseil constitutionnel n’a fait qu’appliquer la Constitution. Il y a des recours en annulation. Les recours sont jugés recevables, et par conséquent le Conseil constitutionnel proclame les résultats définitifs de l’élection présidentielle après avoir étudié et examiné ces recours-là. Il ne s’agit nullement de fiefs de Ouattara dans le Nord ni de fiefs de Gbagbo dans le Sud, il s’agit d’une élection nationale et le président de la République a obtenu des voix partout sur le territoire, et notamment dans le Nord du pays. M. Ouattara y a inversé les résultats en organisant des fraudes massives et en empêchant les électeurs de voter lorsqu’il sentait que ceux-là étaient proches de Gbagbo.

 

Afrik.com : Vous parlez du Conseil constitutionnel qui a appliqué les lois ivoiriennes. Mais à Pretoria, en 2005, les parties prenantes du conflit ivoirien se sont engagées à respecter la certification du processus électoral par les Nations unies. Autonomes, les chiffres de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire, correspondent à ceux communiqués par la CEI. Le Conseil constitutionnel peut être juge du contentieux mais ce n’est pas à lui de valider les résultats puisque cet aspect des choses à été confié aux Nations unies, du moins selon l’accord de Pretoria… 


Alain Toussaint : Ce n’est pas l’accord de Pretoria qui le dit. Aucun accord ne dit que les Nations unies doivent certifier les résultats des élections. C’est dit dans l’Accord politique de Ouagadougou, qui a été signé en mars 2007, que les Nations unies certifient les résultats définitifs proclamés par le Conseil constitutionnel et les résultats définitifs sont ceux annoncés par le Conseil constitutionnel. Les résultats annoncés par la CEI ne sont que des résultats provisoires. Le Conseil constitutionnel était le seul habilité à proclamer des résultats définitifs. L’ONU et son représentant n’avaient pas le droit de faire croire au monde que les résultats annoncés par M. Bakayoko étaient les résultats définitifs puisque dès le dimanche soir, compte tenu d’un certain nombre d’irrégularités et des violences qui se sont déroulées dans le Nord du pays, le candidat Gbagbo avait introduit plusieurs recours devant le Conseil constitutionnel.

Afrik.com : Les Nations unies ne certifient pas des résultats définitifs par mimétisme. Il faut que ceux publiés par les autorités compétentes concordent avec les siens… 


 

Alain Toussaint : Ces résultats correspondent puisque M. Ouattara a fraudé, a manipulé les votes et a trafiqué les bulletins de vote dans plusieurs départements, notamment dans le Nord du pays.

 

Afrik.com : La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, qui a menacé de faire usage de la force pour obliger Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir, concentre actuellement ses efforts sur le terrain diplomatique. Que pensez-vous de sa position actuelle ? 


 

Alain Toussaint : Dans cette crise post-électorale, quelle que soit la position négociée, il n’y aura pas de vaincu. Le problème, c’est qu’on a voulu avec la mission des chefs d’Etat imposer une solution, à savoir le départ du Président Gbagbo. Si on maintient cette approche, on échouera forcément. L’Onu, la France et les Etats-Unis ont échoué en Côte d’Ivoire. L’opération qu’ils ont tenté, en voulant installer M. Ouattara au pouvoir, a été à la fois un fiasco politique et diplomatique. Aujourd’hui, on ne peut venir avec une solution dictée par la France et les Etats-Unis. Bien au contraire, il faut renouer avec le dialogue. C’est ce que la Cedeao a décidé de faire, c’est ce qu’elle doit continuer de faire. Le recours à la force, une intervention militaire n’est pas réaliste. La Cedeao l’a compris et il faut saluer son sens des responsabilités.

 

Afrik.com : A quoi aboutirait le dialogue ? 


Alain Toussaint : Nous attendons de ce dialogue, qui doit très rapidement se nouer, que ce ceux qui se sont confinés inutilement à l’hôtel du Golf le quittent et retournent chez eux. M. Ouattara habite à 15 ou 20 m de l’hôtel. Il faut mettre fin à ce confinement médiatique qui va permettre à nos frères et amis, qui sont là-bas, de retrouver leur dignité. Maintenant, ce qu’on propose au cours d’un dialogue, c’est pendant les négociations que les différentes parties se mettront d’accord. Aucun sacrifice ne peut être trop grand pour préserver la paix en Côte d’Ivoire. M. Ouattara doit le comprendre et c’est ce que nous lui disons depuis plusieurs semaines. Il faut discuter calmement parce que M. Ouattara a été à la base de tous les conflits politiques en Côte d’Ivoire. Il est le plus grand commun diviseur de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, le vrai pouvoir en Côte d’Ivoire est à Abidjan et c’est celui que Gbagbo a. Le pouvoir n’est pas dans des représentations diplomatiques. Le Président Gbagbo ne quittera pas le pouvoir. Il a été élu pour cinq ans. C’est en 2015 qu’il le quittera. C’est un combat qui va au-delà de la simple crise post-électorale parce que les Occidentaux veulent faire main basse sur la Côte d’Ivoire. La France et les Etats-Unis veulent faire main basse sur nos richesses. C’est une guerre du pétrole, du cacao, du café…C’est une guerre économique à relent de recolonisation.

Afrik.com : Comment envisagez-vous l’issue de cette crise en Côte d’Ivoire qui se retrouve avec deux Présidents ? Vous allez céder ? 


 

Alain Toussaint : Les parties en conflit se mettront autour d’une table en dehors de la communauté internationale, c’est à dire en dehors de la France et des Etats-Unis qui sont en réalité les deux puissances qui exacerbent les tensions en Côte d’Ivoire...

 

Afrik.com : Laurent Gbagbo parle de « complot franco-américain »… 


Alain Toussaint : Il a raison. On sait que la France soutient Ouattara et Soro, et on sait que les Etats-Unis poussent Ouattara également. C’est un complot que nous avons découvert et dénoncé. Nous le combattons et nous le combattrons. Les Etats-Unis, la France et l’Union européenne n’ont aucun respect pour les pouvoirs africains. La crise actuelle est un signal fort qui est envoyé aux autres dirigeants africains. Quelles que soient nos lois, ces grandes puissances estiment qu’elles peuvent faire ce qu’elles souhaitent sur le continent africain. Aujourd’hui, il faut que M. Ouattara et le Président Gbagbo renouent le fil du dialogue parce que ce sont eux les principaux concernés. Le Président de la République va pouvoir discuter avec le candidat malheureux à l’élection, M. Alassane Ouattara...

Afrik.com : Selon la CEI, le Président Ouattara a été élu par les Ivoiriens… 


Alain Toussaint : M. Ouattara est un candidat vaincu à l’élection présidentielle que les Occidentaux veulent imposer coûte que coûte. […] S’il y a un conflit en Côte d’Ivoire, les déflagrations de ce conflit toucheront tous les pays de la sous-région. La responsabilité de la Cedeao, ce n’est pas de brandir une épée contre le Président Gbagbo, c’est d’envisager les voies et moyens pour sortir de cette crise post-électorale. La Côte d’Ivoire n’a déclaré la guerre à personne. Le dialogue est la seule voie de sortie de cette crise. Nous voulons la paix, revenir à la stabilité de la Côte d’Ivoire. Dans l’histoire, ce n’est pas Gbagbo le rebelle, mais Ouattara.

Afrik.com : Selon vous, c’est « Ouattara le rebelle »… 


Alain Toussaint : Ce n’est pas selon moi. C’est la réalité des faits…

Afrik.com : Quelles sont vos preuves ? Laurent Gbagbo ne les a pas fournies non plus lors du débat précédent le second tour. 


Alain Toussaint : Ce débat-là est clos. Tout le monde sait que Ouattara est le chef de la rébellion. Les preuves surabondent, elles sont connues. Au nom de la paix, nous avons fait le choix de les ranger en pensant que M. Ouattara se comporterait en homme politique responsable. En réalité, l’élection était pour lui un prétexte. M. Ouattara veut être Président coûte que coûte. Quel que soit le candidat que M. Ouattara aurait eu en face de lui, on aurait eu une situation identique parce que ses parrains, la France et les Etats-Unis et toutes les confréries maçonniques, veulent l’installer au pouvoir.

Afrik.com : En dehors de la France et des Etats-Unis, d’autres pays condamnent ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Pour une fois, la communauté internationale semble unanime, y compris les pays africains… 


Alain Toussaint : Je parcours le monde. Ce que vous appelez la communauté internationale, je ne l’ai jamais rencontrée. C’est une dame invisible, à la limite une prostituée parce qu’elle se met avec les gens au gré des intérêts du moment. La communauté internationale est une prostituée et les proxénètes sont la France et les Etats-Unis.

Afrik.com : Vous dites que Laurent Gbagbo veut la paix, mais des exactions sont commises en Côte d’Ivoire, des atteintes aux droits de l’Homme. Jeudi 16 décembre, les Forces de l’ordre ont tiré sur des civils. Il paraît que dans les quartiers dit pro-Ouattara, elles viennent chercher des gens. Certains sont tués et les corps disparaissent dans la foulée. Que dites-vous de toutes ces atteintes aux droits de l’Homme ? 
Alain Toussaint : M. Ouattara est celui qui a introduit la violence en Côte d’Ivoire. En 1999, il a fait un coup d’Etat contré Bédié. En 2000, il a tenté de faire assassiner le Général Gueï…

 

Afrik.com : Ce sont des accusations pour lesquelles vous n’apportez pas de preuves … 


 

Alain Toussaint : M. Ouattara a amené la rébellion avec son lot de violences. Vous parlez des manifestations du jeudi. C’est vrai qu’il y a eu des victimes civiles. Mais des éléments des forces de l’ordre ont été également tués. Va-t-on manifester avec des fusils d’assaut ? Une enquête a été ouverte par le gouvernent du Président Gbagbo et c’est à la justice d’établir les responsabilités des uns et des autres. Pour en revenir aux violences en Côte d’Ivoire, aux atteintes aux droits de l’Homme : depuis 2002, par la faute de sa rébellion, des dizaines de milliers de familles ivoiriennes ont été endeuillées, des femmes ont été violées, des enfants ont été égorgés sans que cela n’émeuve le monde entier. Il faudra une justice pour tout le monde. Ces familles attendent aussi que justice soit faite. Il ne faut pas une justice à deux vitesses : les partisans de Ouattara n’ont pas plus droit à la justice que les autres citoyens ivoiriens. […] Les premiers responsables des tueries de jeudi sont les responsables de l’opposition.

 

Afrik.com : Pour vous, il n’est pas question de défaite de Laurent Gbagbo à la présidentielle. Néanmoins, d’aucuns pourraient trouver normal qu’il ait perdu ces élections, quand on entend tant d’Ivoiriens se plaindre de leur situation économique, qui s’est dégradée en une décennie, et des gaspillages dont seraient à l’origine les "Refondateurs" (les proches du régime Gbagbo)... Ce mauvais bilan ne pouvait-il pas conduire à un vote sanction ? 


 

Alain Toussaint : Laurent Gbagbo n’a pas perdu. Aujourd’hui, la majorité des Ivoiriens a voté pour lui. Pour ce qui est du bilan, ce n’est pas l’heure puisque Laurent Gbagbo a été élu en octobre 2000 et en septembre 2002, M. Ouattara est venu avec une rébellion. De 2002 à 2010, on a eu des gouvernements dans lesquels on trouvait notamment les rebelles de M. Ouattara. C’est un chef de guerre qui a amené la guerre en Côte d’Ivoire et, avec ses alliés, ils sont de nouveau prêts à nous imposer une guerre. Les Ivoiriens résisteront à la nouvelle guerre de Ouattara. »

 

 

 

 

4.4 - "L'ONU recolonise l'Afrique[29]. En Côte d'Ivoire et en Guinée, la démocratie est bafouée ». Par Tierno Monénembo. Ecrivain guinéen. Prix Renaudot 2008 pour " Le Roi de Kahel " (Seuil). Journal Le Monde daté du 4 janvier 2011

 

« Pauvre Afrique, hier, on lui imposait ses dictateurs, aujourd'hui, on lui choisit ses " démocrates ". Les rappeurs, ces Prévert des nouveaux temps, viennent d'inventer un néologisme qui fait fureur d'un bout à l'autre du continent : la démocrature. Entendez, ce système hybride (le visage de la démocratie, le corps diabolique de la dictature) qui a le don de déchaîner les passions et d'ajouter à la confusion.

Qui a gagné les élections en Côte d'Ivoire, qui les a perdues en Guinée ? Cette question qui a l'air d'embraser l'univers n'a aucun sens dans les faubourgs de Conakry et d'Abidjan où, bon an, mal an, la vie politique n'aura jamais qu'un seul régime, la disette, et une seule loi : " tout ce qui n'est pas obligatoire est interdit ", pour reprendre le fameux mot de Léon Campo. Là-bas, on préfère d'expérience les mauvaises élections aux guerres civiles bien réussies. Mieux vaut encore Bokassa et Mobutu que les drames du Liberia ou de la Sierra Leone ! La bête humaine s'habitue à l'enfer du despotisme, certainement pas aux massacres à la rwandaise !

Or, les démons de la violence et de la haine hantent à nouveau la Côte d'Ivoire. Comme en 2000, le pays va se couper en deux, il va brûler comme une paille, plus rien ne peut l'empêcher. La faute à qui ? Au monde entier et d'abord et avant tout à cette fameuse communauté internationale qui n'est jamais mieux dans son rôle que quand elle rallume les incendies qu'elle est censée éteindre.

Formellement, ce " machin " derrière lequel se cachent les grosses griffes des Etats-Unis et de l'Union européenne ne pèse pas plus que le poids d'un arbitre. Son rôle se limite à prévenir les conflits et à proposer une solution négociée lorsque ceux-ci s'avèrent inévitables. Aucune circonstance exceptionnelle ne lui permet de déborder de ce cadre-là. C'est du moins ce que croyaient les néophytes, les sorciers de la diplomatie, eux ne manquant jamais d'arguments pour justifier l'injustifiable.

Disons-le clairement : l'ONU n'a pas à décider qui est élu et qui ne l'est pas à la tête d'un pays (le cas ivoirien compte peu en l'occurrence). Le faisant, elle outrepasse ses droits, ce qui lui arrive de plus en plus. Au point que derrière le langage feutré de ses diplomates, on distingue des bruits de bottes coloniales. A la manière dont Barack Obama, Nicolas Sarkozy ou Ban Ki-moon, traitent ce pauvre Laurent Gbagbo, on croit revoir Gosier-d'Oiseau (célèbre personnage du Vieux nègre et la médaille, roman du Camerounais Ferdinand Oyono) transpirer sous son casque en engueulant ses nègres dans une plantation d'Oubangui-Chari.

Nous ne soutenons pas Laurent Gbagbo, nous nous contentons de rappeler un principe. D'ailleurs, le pestiféré d'Abidjan n'a pas besoin de notre soutien : l'arrogance des chancelleries et l'hystérie des médias travaillent pour lui. La diabolisation dont il est l'objet a fini par le rendre sympathique aux yeux de ses pires détracteurs. " A force de jeter une grenouille de plus en plus loin, on finit par la jeter dans une mare ", dit un proverbe peul...

Nous ne contestons pas non plus l'élection d'Alassane Ouattara (nous sommes même convaincus que psychologiquement et techniquement, il est mieux outillé que n'importe lequel de ses concurrents pour gouverner). Nous disons simplement que le rôle de la communauté internationale ne revient pas à prendre des positions partisanes et à se répandre en déclarations intempestives encore moins dans une situation aussi explosive que celle de la Côte d'Ivoire. Pourquoi le défi et la menace du canon là où la discrétion, la ruse, la prudence et le tact bref, l'art de la diplomatie, auraient suffi ?

Nous n'allons pas apprendre à des géopoliticiens de métier que la Côte d'Ivoire est la pierre angulaire de la sous-région et que, si elle sombre, elle risque d'entraîner ses voisins, alors que la Guinée tente une périlleuse expérience démocratique et que Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) a déjà ses sanctuaires au Burkina Faso et au Mali. La situation paraît d'autant inquiétante qu'il plane sur la région un " non-dit " tribal lourd de menaces pour l'avenir : tout sauf un Dioula au pouvoir à Abidjan ; tout sauf un Peul au pouvoir à Conakry.

La Côte d'Ivoire mérite-t-elle de brûler pour les besoins des statistiques ou pour les beaux yeux de Laurent Gbagbo ou d'Alassane Ouattara ? Non, assurément non !

Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, où est la différence ? Ils forment le trio maléfique qui a ruiné le pays d'Houphouët-Boigny. A Bédié, le poison de l'ivoirité, à Ouattara, celui de la sécession, à Gbagbo celui de la confiscation du pouvoir. Chacun de ces caïds a montré combien il était prêt à sacrifier sa patrie au profit de son pouvoir personnel. De ce point de vue, ils n'ont rien d'exceptionnel.

La quasi-totalité des chefs d'Etat africains sont au pouvoir à la suite d'un putsch sanglant ou d'une élection truquée. Une loi non écrite permet à chacun de tuer, de voler et de tricher pour arriver au pouvoir. La nouveauté, ce sont les " scrupules " avec lesquels les grands de ce monde regardent cela. Congo, Rwanda, Somalie, jusqu'ici ils ont encouragé les trucages électoraux et les putschs et fermé les yeux sur les pires atrocités au gré de leurs intérêts. Et voilà que ces messieurs sont soudain pris d'un excès d'états d'âme !

Eh bien, s'ils sont devenus aussi vertueux qu'ils le prétendent, pourquoi ne vont-ils pas fouiller dans les cuisines électorales du Burkina, de la Tunisie ou de l'Egypte ? Sont-ils sûrs que les dynasties présidentielles du Gabon et du Togo sont sorties de la vérité des urnes ? Se seraient-ils comportés ainsi s'il s'était agi de l'Iran, de la Birmanie ou de la Chine ?

Ce raffut fait autour de Ouattara est tel qu'il en devient suspect. Que veut sauver la communauté internationale, à la fin : la Côte d'Ivoire ou un de ses protégés ? Ouattara et Gbagbo sont les loups-jumeaux de la politique ivoirienne : même teint, même sourire carnassier, même poids électoral (l'un contrôlant la Commission électorale et l'autre la Cour suprême). Il y a cependant entre eux une différence de taille : le carnet d'adresses. Dans le monde mesquin et corrompu qui est le nôtre, plus besoin de formule magique, ce joujou-là suffit à ouvrir les plus secrets des sésames.

Ancien directeur adjoint du Fonds monétaire international (FMI), Ouattara se trouve au coeur du complexe réseau qui gouverne ce monde alors que, modeste professeur d'histoire, Gbagbo, hormis un bref exil à Paris, n'est jamais sorti de chez lui. Ce petit détail-là explique mieux que tout (les longs couplets sur la démocratie par exemple) pourquoi une simple élection africaine a pris une dimension mondiale. Le village global est bel et bien là : la planète des copains et des coquins ! Et ses lois s'appliquent partout aussi bien en Côte d'Ivoire que dans la Guinée voisine où, Alpha Condé, le président " élu " est un ami des présidents africains et un vieil habitué des ministères parisiens.

" Je ne me vois pas échouer cette élection ", affirma le nouveau président guinéen au lendemain du premier tour alors qu'il accusait un retard de près de 25 points sur son concurrent. Il ne croyait pas si bien dire : l'élection fut prolongée de cinq mois, le temps sans doute que le " bon " candidat soit prêt avec à la clé, l'incendie de la Commission nationale électorale indépendante, les vols du fichier informatique, le tout suivi d'un véritable nettoyage ethnique. Il n'y eut aucune enquête et ces sourcilleux jurés de la communauté internationale n'y trouvèrent rien à redire. Comme pour confirmer ce que tout le monde savait déjà : pour être élu en Afrique, pas besoin de mouiller la chemise. Avec un peu de chance et quelques copains bien placés à l'ONU, à la Maison Blanche, à l'Elysée ou au Quai d'Orsay, vous êtes sûr de passer même à 18 %. »

 

4.5 - "Non, Gbagbo n'est pas seul"[30]

Par Calixthe Beyala. Ecrivain. Jeune Afrique le 04/01/2011

 

« Si quelqu’un croit avoir de bonnes raisons de défendre Gbagbo de façon calme et argumentée, les colonnes de ce journal lui sont ouvertes », écrivait BBY [Béchir Ben Yahmed, Rédacteur en Chef] la semaine dernière. La romancière française d’origine camerounaise Calixthe Beyala a saisi la balle au bond. Voici son opinion. »

« D’aussi loin que me porte ma mémoire, il me semble qu’une seule et unique fois je fus en désaccord avec vous, très cher Béchir Ben Yahmed. Et je vous le fis savoir. […]

Voilà que pour la deuxième fois un sujet nous oppose: l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire.

Je ne crois pas que M. Alassane Ouattara soit le président élu de la Côte d’Ivoire car, pour cela, il eût fallu que sa victoire fût reconnue par le Conseil constitutionnel de son pays; il me semble que ce n’est point le cas, me tromperais-je? Aucune commission électorale, aussi noble soit-elle, ne saurait proclamer le vainqueur d’une élection, d’autant que, dans le cas de la Côte d’Ivoire, cette commission électorale était constituée aux deux tiers par les membres de l’opposition. 

[...]

Je ne crois pas que les dirigeants africains soutiennent activement Alassane Ouattara; il me semble n’avoir vu aucunes félicitations émanant d’un chef d’État du continent adressées au président désigné par la communauté internationale. Mais qui se cache derrière cette nébuleuse? Seraient-ce les mêmes qui croisent les bras pendant qu’on bombarde l’Irak ou l’Afghanistan?

[...]

Je crois, et permettez-moi de reprendre vos propos, « la légende selon laquelle Gbagbo serait le grand défenseur de la souveraineté nationale et que ses positions tranchées lui ont valu l’hostilité de la France ». Il s’agit d’une réalité, vérifiée et palpable. Avez-vous oublié les implications de la France dans le coup d’État contre Gbagbo en 2002, ainsi que les multiples complots qui s’ensuivirent?  

Je crois que tous les panafricanistes croient au complot contre la Côte d’Ivoire. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les deux manifestations organisées à Paris pour le soutien à la souveraineté de la Côte d’Ivoire et qui ont réuni près de cinq mille personnes, battant le macadam dans le froid hivernal. Gbagbo n’est pas seul. Il a le peuple africain à ses côtés.

 Je crois enfin que Gbagbo ainsi que le peuple ivoirien se battront jusqu’au bout pour ne point se faire dépouiller. En témoigne le peu d’enthousiasme qu’a suscité l’appel à la mobilisation d’Alassane Ouattara. 

Je ne sais pas s’ils y réussiront.

Voilà, cher Béchir Ben Yahmed, ce en quoi je crois. Ou pas. »

 

4.6 – « Côte d’Ivoire : la logique de « l’absurde » ? »[31]Analyse, par Pierre Sané, ancien Secrétaire général d’Amnesty International et ancien Sous-directeur général de l’UNESCO, président d’Imagine Africa. MERCREDI 9 MARS 2011

 

 

« Le scénario du pire, l’intervention armée de l’extérieur, ayant semble-t-il été écarté, voici que se déploie sans peur des contradictions la stratégie de l’absurde.

 

On nous promet un « étouffement économique et financier » de la Côte d’Ivoire : interdiction d’exportation du cacao, interdiction faite aux banques de « coopérer » avec le régime de Laurent Gbagbo, interdiction de paiement des salaires des fonctionnaires et des soldats, gel des avoirs d’individus et de sociétés nationales et privées, restrictions de déplacements, autant d’actions à la légalité pour le moins douteuse. Avec le déroulé de cette stratégie aux intentions clairement néfastes pour l’ensemble du pays et de ses habitants, il est légitime de se demander si cet acharnement résulte du seul contentieux électoral du scrutin présidentiel du 28 novembre 2010. Car si tel était le cas, on attendrait tout simplement la fin de la mission de l’Union africaine dont les recommandations sont supposées être contraignantes. Aux yeux du gouvernement français, « grand ordonnateur » de cette campagne acharnée de sanctions, quelle importance, au fond, que Laurent Gbagbo ou Alassane Ouattara soit le vainqueur du scrutin ? Mais pour Nicolas Sarkozy, qui en a fait une affaire personnelle… qui sait ? Résultat : la diplomatie française en Afrique continue à être piégée par la confusion entre intérêts personnels, réseaux et logique d’Etat.



 

Les sanctions prises par les pays européens, le Canada et les Etats-Unis visant des individus et des sociétés ivoiriennes (et même les accréditations d’ambassadeurs) s’écrouleront, c’est là mon intime conviction, dès les premiers recours juridiques. Car ces sanctions sont fondées sur le refus de reconnaître le président soit disant « élu » et de se mettre à son service ; or n’importe quel juge guidé par son « âme et conscience » demandera avant toute chose à examiner la Constitution ivoirienne avant de trancher. Et comme cette Constitution n’a jamais été suspendue par aucune des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, elle sera la seule source en droit pour le juge. A part les mesures prises par la trentaine de pays évoqués ci-dessus, les seules autres actions à l’encontre de la Côte d’Ivoire et des habitants du pays viennent des sept autres pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et d’Alassane Ouattara lui-même.



 

Qui va-t-on tuer ?



 

Le retrait de la signature internationale au niveau de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a eu comme conséquence la suspension des mécanismes de compensation interbancaire et éventuellement la fermeture provisoire de plusieurs banques, empêchant l’accès des clients à leurs comptes bancaires. Nous risquons sous peu d’être confrontés à des violations sérieuses des droits de l’homme qui relèveront de la responsabilité de ces banques si leurs clients n’arrivent pas à soigner des parents malades, alimenter proprement leurs enfants, payer des salaires dans le respect du droit du travail. Il serait judicieux que organisations non gouvernementales et avocats se mobilisent activement et sans tarder pour documenter avec précision tous les cas individuels de violations de droits humains à des fins de poursuites ultérieures devant les juridictions nationales, régionales ou internationales.



 

L’interdiction temporaire annoncée par Alassane Ouattara de l’exportation de fèves de cacao va quant à elle faire surtout l’affaire des spéculateurs qui ont acheté à terme et qui vont profiter de la flambée des cours. Notamment la société Armajaro du trader Anthony Ward qui a acquis, en juillet 2010, 240 000 de tonnes de cacao soit 20 % de la production ivoirienne et 15 % des stocks mondiaux. Cette société a investi 1 milliard de dollars et en tirera un profit substantiel rien qu’à la suite de cette décision d’Alassane Ouattara dont le beau-fils, Loïc Folloroux, 35 ans, n’est autre que le directeur Afrique d’Anthony Ward (1)     [1]. Pure coïncidence, il va sans dire. Quant aux producteurs et aux commerçants ivoiriens... qui s’en soucie ? L’objectif est plutôt de les « étouffer » !



Etouffer consiste à faire perdre la respiration par asphyxie, en d’autres termes à tuer. Mais qui va-t-on tuer ? Laurent Gbagbo ou la Côte d’Ivoire ? Qui sera le tueur ? Et pourquoi ? N’y a-t-il pas d’autres alternatives ? Ou s’agit-il d’imposer coûte que coûte Alassane Ouattara quel que soit par ailleurs le résultat sincère du scrutin ? Et cela sans attendre les conclusions de la mission de l’Union africaine.



 

Supposons une minute qu’après vérification Alassane Ouattara n’ait pas gagné les élections ? Cela relèverait-il du domaine de l’impossible ou carrément de la divagation ? D’où vient cette certitude inébranlable concernant la victoire d’Alassane Ouattara ? De la proclamation des résultats par le Président de la Commission électorale indépendante (CEI) ? On sait qu’il n’y avait pas consensus au sein d’une CEI qui était par ailleurs forclose. De la certification par le Représentant spécial du secrétaire général des Nations unies ? Sa précipitation et le non-respect des procédures ont malheureusement entaché sa certification. D’où un doute légitime dans l’esprit de beaucoup. Tant qu’un doute nous habite, un seul doute, il serait ignominieux de laisser un pays frère se faire « étouffer ».



 

La certitude inébranlable en l’infaillibilité des arbitres, qui plus est arbitres auxiliaires, et donc en la victoire au sortir des urnes d’Alassane Ouattara (ou de Laurent Gbagbo d’ailleurs) est une proposition indubitablement absurde et, pis encore, dangereuse, voire suicidaire puisqu’elle maintient les deux protagonistes dans des positions maximalistes.



 

Est absurde ce qui n’est pas acceptable par la raison et par le bon sens : la stratégie de l’étouffement financier est absurde parce que si Alassane Ouattara arrive avec le soutien de la France à étouffer (tuer) la Côte d’Ivoire, il n’aura rien à gouverner si ce n’est un champ de ruines. En outre, à supposer que Laurent Gbagbo ait pris en otage la Côte d’Ivoire, tuer un otage qu’on veut libérer ne fait pas du prétendu preneur d’otage l’assassin. L’assassin est bien celui qui aura tué (étouffé) avec préméditation et impéritie. Ensuite, si Alassane Ouattara n’y parvient pas et que le pays réussit à survivre à la tentative d’asphyxie, aucun Ivoirien ne voudra alors le voir arriver au pouvoir.



 

Les Ivoiriens accepteront-ils que Ouattara prenne le pouvoir ?

Jamais ! Car on a beau se dire que tout est permis à qui veut arriver au pouvoir, il est des actions que l’on ne doit pas entreprendre contre son pays et ses concitoyens. Je me souviens de ce que me confiait Me Abdoulaye Wade au Sénégal au lendemain des élections de 1993 qu’il était convaincu d’avoir remportées, après que le Conseil constitutionnel ait proclamé son adversaire vainqueur : « Je ne franchirai jamais les grilles du Palais en marchant sur les cadavres des Sénégalais ».



 

Est absurde ce qui n’est pas conforme aux lois de la cohérence et de la logique rationnelles : la stratégie de l’étouffement est absurde parce que les sanctions ne feront pas la différence entre les producteurs de cacao pro-Ouattara et ceux qui s’opposent à lui. Pareil pour les fonctionnaires privés de salaires. Ne préfèreront-ils pas tous un recomptage des votes ou une nouvelle élection à un étouffement ? Qui plus est, ces banques qui auront fermé vont perdre la confiance de leurs clients quelle que soit par ailleurs l’issue du contentieux électoral.



 

Absurde aussi parce que les millions de Sénégalais, Maliens, Nigérians, Burkinabè, etc. qui vivent en Côte d’Ivoire vont souffrir de ces sanctions. Peut-être même vont-ils être obligés de quitter leur terre d’adoption. Il est facile de prédire pour qui ils vont voter lors de prochaines échéances électorales dans leurs propres pays si les décisions prises par leurs chefs d’Etat respectifs venaient à asphyxier le poumon économique de l’Afrique de l’Ouest.



 

Absurde, quand tu nous tiens !



 

Laurent Gbagbo est accusé d’être un usurpateur et pour le faire partir on veut asphyxier le pays. Or il affirme détenir des preuves sur les irrégularités qui ont entaché le scrutin. Saddam Hussein affirmait ne pas détenir d’armes de destruction massive. On lui a dit « prouve-le », ce qui est absurde car la charge de la preuve incombe toujours aux accusateurs. Laurent Gbagbo dit qu’il a des preuves de fraudes qui ont dénaturé le verdict final ; on lui dit littéralement « on s’en fiche » et, comble d’absurdité, on s’apprête à étouffer son pays alors qu’il suffirait de vérifier si ces preuves sont tangibles ou pas.



 

Et le jaillissement de l’absurde ne s’arrête pas là.



 

La sanction, c’est ce qui normalement frappe le délinquant mais encore faut-il qu’on nous dise quelle loi a été enfreinte. Il y a un simple contentieux électoral et le Conseil constitutionnel du pays s’est prononcé et a investi Laurent Gbagbo. La communauté internationale n’ayant aucune compétence pour désigner un Président en Côte d’Ivoire pas plus qu’au Gabon (2) [2], Alassane Ouattara est donc en fait un Président « autoproclamé », ayant lui-même sollicité vainement l’investiture du Conseil constitutionnel, et ce faisant, il continue de violer la loi ivoirienne depuis trois mois. Mais c’est Laurent Gbagbo qui se fait sanctionner ! Et qui plus est, c’est lui qui se ferait spolier en acceptant le recomptage des voix puisqu’il est déjà le Président investi par la plus haute instance juridictionnelle qui soit !



 

Mais que voulez-vous, c’est décidément à un véritable déferlement d’absurdités auquel nous assistons en Côte d’Ivoire.



 

Toute cette absurdité m’horripile et me laisse perplexe.



 

Ce qu’on oublie complaisamment c’est que la moitié de l’électorat a voté pour Laurent Gbagbo. Et qui sait ce que ferait l’électorat PDCI si les élections étaient à refaire aujourd’hui, échaudé qu’il est par la découverte de la réalité de l’axe RDR-rebelles. D’autant plus que chaque fois que le chef politique des rebelles ouvre la bouche, il fait perdre à Alassane Ouattara de sa crédibilité. Ne se rend-il donc pas compte que les chefs d’Etat africains sont « allergiques » aux rebelles ? Je mets d’ailleurs au défi la communauté internationale d’exiger de nouvelles élections entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara pour solder enfin le contentieux électoral et mettre fin à ce « festival de l’absurde » !



 

Sauf si l’objectif délibéré était de conduire le pays à la guerre, guerre civile cette fois, afin de justifier l’intervention extérieure ! A ce moment-là, ce qui paraît absurde aujourd’hui sera logique et rationnel demain.



 

Pathétique de cynisme et de myopie !



 

En attendant, il est évident que ce qui se joue en Côte d’Ivoire aujourd’hui est d’une importance capitale pour le devenir de nos enfants en Afrique et donc nous interpelle tous. A nous de savoir relever le défi à l’entame du deuxième cinquantenaire de nos indépendances. »

 

[1] Voir Jeune Afrique du 11 août 2010 : « Main basse sur le cacao »



 

[2] Candidat malheureux à l’élection présidentielle gabonaise du 30 août 2009, André Maba Obame, s’étant estimé spolié par la Cour constitutionnelle, s’est autoproclamé Président de la République le 25 janvier 2011 et a demandé la reconnaissance de l‘ONU, avant de prendre refuge dans les locaux du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à Libreville du 25 janvier au 27 février 2011.

 

 

4.7 – « Côte d'ivoire : deux 
"ADO Boys" à Paris »[32]

31/01/2011 Par Pascal Airault. Jeune Afrique

   

« Les écrivains ivoiriens Venance Konan et Tiburce Koffi sont en "mission" à Paris pour porter la parole du président élu Alassane Dramane Ouattara. Un engagement politique qui aurait été impensable il y a quelques années. Explications. »

« Mercredi 19 janvier, à l’aube. Dans le taxi qui les mène de l’aéroport Charles-de-Gaulle au centre de Paris, Venance Konan et Tiburce Koffi prennent réellement conscience que leur exil a commencé. Arrivés par un vol Air France en provenance de Ouagadougou, les deux écrivains-journalistes ivoiriens, exfiltrés d’Abidjan par les forces internationales, vont réapparaître au grand jour alors qu’ils se terraient depuis plus de deux mois. »

« Depuis notre engagement pour la coalition houphouétiste, nous faisons régulièrement l’objet de menaces et d’intimidations, explique Koffi. Mais nous n’avons vraiment pris la mesure du danger que lorsque les Cecos – les militaires fidèles à Laurent Gbagbo – sont venus nous traquer jusque dans nos anciens domiciles. Heureusement, nous avions tous les deux changé d’adresse. »

Verbe incisif contre Gbagbo

Depuis des semaines, les deux quinquagénaires au verbe incisif multiplient les lettres ouvertes à Laurent Gbagbo pour lui demander de quitter la scène politique. Le camp de ce dernier riposte en les traitant de mercenaires de la plume et de girouettes. Il est vrai qu’il y a dix ans, Venance Konan et Tiburce Koffi étaient à mille lieues de s’imaginer qu’ils se mobiliseraient un jour pour défendre la victoire d’Alassane Dramane Ouattara (ADO). Militant du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), le premier tirait à boulets rouges sur ADO, après avoir surfé sur la vague de l’ivoirité. « Jusqu’à la fin de 1998, j’agissais sans réfléchir, comme un simple partisan, reconnaît aujourd’hui Konan. Quand j’ai entrevu les dangers des rivalités ethniques, que je dénonce dans Les Prisonniers de la haine [roman paru en 2003, NDLR], j’ai combattu ce concept d’exclusion. »

Quant à Koffi, c’est plus simple encore: il ne jurait que par Gbagbo. « Compagnon de gauche de l’ancien président, je me suis laissé emporter par la haine de Ouattara, assume l’intéressé. Venance m’a ouvert les yeux un jour de 2004. Je venais d’intervenir à la télévision nationale pour dénoncer l’attitude de la France. Le camp présidentiel m’avait informé que l’ancienne puissance coloniale avait attaqué militairement le Palais des hôtes à Yamoussoukro. Venance m’a dit: “Vérifie auprès de tes amis qui y travaillent, et tu verras que c’est faux.” » Depuis, ce professeur de lettres s’est affranchi du passé en publiant plusieurs ouvrages, dont Côte d’Ivoire: l’agonie du jardin, du grand rêve au désespoir (2006).

« À l’époque, je traitais déjà Gbagbo de criminel et de dictateur, alors que Tiburce était son inconditionnel défenseur. Nous nous sommes même battus à cause de lui, en 2003, lors d’un week-end à Taabo », raconte Konan, hilare à l’évocation de ce souvenir.

Compères baoulés

Dans les prochains jours, les deux compères baoulés ont prévu de faire la tournée des télévisions, des radios et des journaux français. « ADO ne nous a pas mandatés. Nous nous sommes personnellement envoyés en mission », jurent-ils. Leur message: « Le peuple s’est déplacé massivement pour cette élection, il faut respecter la démocratie »; « Le criminel, ce n’est pas Sarko, c’est Gbagbo. Les intellectuels qui le défendent profitent de notre crise pour régler leur problème psychosomatique avec la France »; ou encore: « La communauté internationale a un devoir d’ingérence pour protéger des vies humaines, c’est de l’assistance à peuple en danger ». L’idée qu’une force internationale vienne libérer la Côte d’Ivoire est pourtant un crève-cœur pour deux hommes, connus pour leur combat contre le néocolonialisme et pour l’indépendance africaine. « C’est malheureusement le prix à payer… , lâche Koffi, amer. »

 

4.8 - Regards croisés de Michel Galy et Véronique Tadjo sur la crise RFI en Côte d'Ivoire[33]

 

Interview par par Christophe Champin de RFI

 

« Alors que la Côte d'Ivoire s'enfonce dans la crise, nous vous proposons un entretien croisé, deux regards sur la crise. Michel Galy est sociologue, spécialiste de la Côte d'Ivoire et des conflits en Afrique de l'Ouest. Véronique Tadjo est écrivaine et universitaire. Elle est actuellement basée en Afrique du Sud où elle dirige le département de français de l’université du Witwatersrand (Johannesburg). »

 

RFI: L’Union africaine a de nouveau reconnu pour seul président élu Alassane Ouattara et demandé à Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir. A-t-elle une chance d’obtenir gain de cause, dans la mesure où le président sortant a, d’ores et déjà, rejeté cette décision ?

Véronique Tadjo : Il est très peu probable que l’Union africaine obtienne gain de cause. Le camp Gbagbo a déjà rejeté toutes les propositions, celles-ci ayant pour condition la reconnaissance d’Alassane Ouattara comme président de la République de Côte d’Ivoire.

 

Michel Galy : Il me semble qu’on revient à la case départ. Il n’y a rien de nouveau, c’est la position d’un certain nombre d’institutions comme la Cédéao, l’Union africaine ou des chancelleries occidentales comme la France et les Etats-Unis. C’est vrai qu’on espérait, notamment du fait des divisions à l’intérieur de l’Union africaine, au moins des propositions innovantes, plutôt qu’un retour à la décision prise juste après la présidentielle. 

 

RFI:  Si Laurent Gbagbo maintient son refus, que doivent faire la communauté internationale », la Cedéao, l’Union africaine ? 

Michel Galy : Personnellement, je n’ai jamais rencontré la « communauté internationale » en tant que communauté. Elle est, à mon sens, très divisée. Pour certains, par exemple la Cédéao, le recours à une intervention militaire est de nouveau envisagé, mais il faut se souvenir qu’elle n’est légitime ou légale qu’autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies. Et c’est ça qui me semble très difficile en raison de l’opposition de la Russie et de la Chine, en particulier. Il me semble en revanche qu’il y a, en ce moment, à travers les affrontements qui se déroulent dans les quartiers d’Abobo et Anyama, à Abidjan, et à la frontière ouest, une sorte de guerre par substitution que mènent les alliés d’Alassane Ouattara, notamment le Burkina, peut-être le Nigéria. Il y a dans la zone loyale à Laurent Gbagbo - la zone sud - une infiltration de forces pour le moment indéterminées - c’est pourquoi on l’appelle le « commando invisible d’Abobo » - et qui peuvent venir de Bouaké ou de la zone nord en particulier, sans qu’on sache exactement la nationalité de ces combattants.

Véronique Tadjo : Difficile à dire. Malgré leur soutien à Ouattara, les divergences d’opinions entre la « communauté internationale », la Cédéao et l’Union africaine quant au règlement effectif de la crise sont un obstacle à une action concertée. L’idée d’une intervention militaire doit être abandonnée, car celle-ci entraînerait un nombre très élevé de pertes en vies humaines. Cependant, le mandat des forces onusiennes a besoin d’être renforcé afin qu’elles puissent assurer une plus grande protection de la population civile. Il faut obliger les deux camps à respecter l’embargo militaire. Les combats à l’arme lourde et la présence de mercenaires entraînent une montée incontrôlée de la violence et des tueries des deux côtés. La communauté internationale doit résister à la tentation d’apporter un soutien militaire aux forces pro-Alassane, qu’elles se cachent derrière un « commando invisible » ou non.

RFI: Vu la radicalisation des positions dans les deux camps, si l’un ou l’autre des « présidents » parvient à être le seul aux commandes, pourra-t-il encore prétendre diriger l’ensemble de la Côte d’ivoire ?

 

Véronique Tadjo : Non, aucun des deux « présidents » ne peut prétendre pouvoir gouverner le pays dans son intégralité. Depuis plus de dix ans, la Côte d’Ivoire est coupée en deux et cette nouvelle crise n’a fait qu’approfondir la cassure. Si Gbagbo s’entête à vouloir rester au pouvoir, ce sera sans le Nord qui va se replier encore plus sur lui-même. Quant à Ouattara, sera t-il capable de réunifier le pays ? Car c’est là la question principale. La Côte d’Ivoire doit rester une et indivisible. Regardez ce qui se passe au Soudan actuellement. Le référendum en faveur de l’indépendance du Sud-Soudan ne semble pas avoir été la formule magique. De nouveau, des affrontements entre l’armée du Sud-Soudan et des groupes rebelles ont fait de nombreuses victimes, mettant en danger les accords de paix. Par ailleurs, Ouattara propose la formation d’ un gouvernement d’union s’il est à la tête du pays. Mais on a eu amplement l’occasion de constater en Côte d’Ivoire et ailleurs en Afrique que les gouvernements d’union nationale ne produisaient pas de résultats positifs durables.

Michel Galy : Il y a un double problème. D’une part, il est évident qu’Alassane Ouattara ne veut pas être seulement président à Bouaké et Korhogo, il veut gouverner l’ensemble du pays. Mais les choses sont allées tellement loin, à cause des combats - mais aussi d’un certain nombre de préjugés, il faut bien le dire, notamment des « sudistes » envers les « nordistes » - qu’il me semble très difficile qu’il gouverne Abidjan. Et il n’est pas envisageable qu’il gouverne un champs de ruine avec des milliers, voire des dizaines de milliers de cadavres. Pour Laurent Gbagbo, le problème est symétrique. Il n’a aucune envie de ne gouverner que la zone sud, une sorte de « Gbagboland », comme disent ses adversaires. On peut faire le parallèle avec la République démocratique du Congo, au moment des rébellions qui tenaient plus de la moitié du pays, il y avait tout de même un sentiment national congolais- de même qu’il y a un sentiment national ivoirien partagé. De plus, pour Laurent Gbagbo se pose le problème de gouverner la capitale. Est-ce qu’il peut encore gouverner des quartiers à très grande majorité « nordistes », comme Abobo ou Anyama, voire des zones en pays baoulé qui ont voté pour son adversaire au second tour ?

RFI: Certains évoquent la possible émergence d’un troisième homme…

Véronique Tadjo : Malgré les difficultés que cette option peut poser, je reste convaincue que c’est la meilleure solution pour la Côte d’Ivoire. Il faut que cette crise nous permette de repartir sur de nouvelles bases en changeant le paysage politique dominé, depuis la mort d’Houphouët-Boigny en 1993, par trois hommes : Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Aucun d’entre eux ne détient la réponse aux maux qui minent le pays. D’une manière ou d’une autre, à un moment de l’histoire de la Côte d’Ivoire, ils ont accentué les problèmes au lieu de les résoudre. Le vrai changement pour la Côte d’Ivoire, la vraie « révolution », ce serait le renouvellement d’une classe politique qui a montré qu’elle n’était pas à la hauteur des défis historiques qui se posent à elle.

Michel Galy : Avant cela, il faut évoquer l’hypothèse de la partition. Elle fait des adeptes. On y pense beaucoup sans jamais le dire. Cela serait un échec pour Alassane Ouattara. Et ce qui corrobore cette possibilité d’une partition ce sont les flux de réfugiés et déplacés, notamment nordistes dioulas vers la zone nord ou les pays sahéliens comme le Mali ou le Burkina. En même temps que les quartiers d’Abidjan deviennent homogènes sur le plan ethnique comme à Brazzaville et qu’il y a un risque d’affrontements à l’arme lourde entre quartiers, notamment Yopougon, pro-Gbagbo, et Abobo, pro-Ouattara.

Sur le troisième homme, il y a une évidence : en raison de son âge et de son comportement, ça ne peut pas être Henri Konan Bédié. Beaucoup pensent à Mamadou Koulibaly qui est nordiste, président de l’Assemblée nationale et du camp Gbagbo. Pour autant, il a des positions relativement extrémistes contre Alassane Ouattara et son gouvernement et il a déclaré publiquement ne pas être intéressé par la gestion d’une transition. Reste une alternative militaire, selon laquelle le général Mangou [le chef d’état-major de l’armée loyale à Laurent Gbagbo, NDRL] ou un autre militaire, qui prendrait le pouvoir, en cas de troubles ou de guerre civile beaucoup plus avancés.

RFI: Pour certains, la communauté internationale a eu raison de jouer la fermeté en Côte d’Ivoire et aurait même dû aller plus vite et plus loin en intervenant tout de suite militairement. Pour d’autres, il aurait fallu au contraire prendre acte du contentieux électoral immédiatement et envisager un recomptage des voix, voire refaire partiellement ou entièrement l’élection. Votre point de vue ?

 

Michel Galy : La dite communauté internationale s’est, à mon sens, trop engagée d’un seul côté, à savoir celui d’Alassane Ouattara, et a été trop interventionniste au sens de l’action de l’Onuci. On pense à l’épisode surréaliste où le président de la commission électorale indépendante, puis M. Choi, le représentant en Côte d’Ivoire du secrétaire général de l’ONU, ont certifié Alassane Ouattara comme président. Alors que le mandat de ce dernier était de certifier les bonnes conditions des élections (qui à l’inverse de ce qu’affirme l’ONUCI ne sont , à mon avis, pas régulières au Nord). Cela met le système des Nations unies en porte-à-faux et, à mon sens, l’ONU est très mal placée pour gérer une quelconque transition.

Véronique Tadjo : Je ne crois pas qu’une intervention militaire aurait pu être improvisée à la hâte. Le camp Gbagbo avait déjà prévu cette éventualité et s’était tout de suite mis en état d’alerte. Par contre, le contentieux électoral aurait pu être évité à temps si, au moment du blocage de la Commission électorale indépendante (CEI), le processus avait été arrêté net. Le représentant de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Onuci), ainsi que le Rassemblement des Houphouëtistes (RHDP), auraient dû tirer sur la sonnette d’alarme et refuser catégoriquement de continuer tant que le sabotage du travail de la CEI par les alliés de Gbagbo se déroulait en son sein. Il fallait agir vite et de manière décisive. A présent, il y a un contentieux électoral grave dont on doit prendre acte si on veut avancer.

RFI: Les Ivoiriens paient un lourd tribut pour cette situation de blocage politique. Il y a la violence à Abidjan et les affrontements entre militaires des deux camps dans plusieurs autres régions du pays. Les forces de l’ONU et la force française Licorne ne s’interposent pas dans ces combats. Comment analysez-vous cette impuissance des forces dites « impartiales » ?

Véronique Tadjo : Le mandat que le Conseil de Sécurité donne aux forces onusiennes est insuffisant pour qu’elles puissent réussir leur mission de pacification. A tel point que la présence des casques bleus, par exemple, crée une fausse impression de sécurité. Cela peut avoir pour effet d’occulter la réalité sur le terrain. Le massacre de sept femmes à Abobo, une commune populaire d’Abidjan, le 3 mars dernier, au cours d’une manifestation pro-Ouattara réprimée par les forces loyales à son rival, en est la preuve. N’avons-nous donc tiré aucune leçon du Rwanda ?

Michel Galy : Cela illustre ce que je disais sur le rôle partial des deux corps expéditionnaires, à savoir l’ONU et la force Licorne, sachant que l’Onuci a comme mandat de protéger les civils. Que font-ils autour de l’hôtel du Golf avec la force Licorne et les forces rebelles, ce qui est un cas pratiquement unique au monde, au lieu d’être du côté de Duékoué et de Touleupleu, où il y a des dizaines de milliers de civils qui fuient au Libéria devant l’avancée des forces rebelles ? Là on touche un problème de fond qui montre à quel point les corps expéditionnaires se retrouvent dans une position impossible. Pour la force Licorne, c’est un cas un peu différent, puisque ce qui les paralyse c’est la très forte présence de 7 ou 8000 ressortissants français à Abidjan –bien évidemment des boucs émissaires potentiels.

RFI: L’Onuci suscite des réactions diamétralement opposées dans les deux camps : force d’occupation et soutien aux ex-rebelles des Forces nouvelles appelée à quitter le pays pour le camp Gbagbo, force neutre et de paix, défendant la légalité, à savoir l’élection d’Alassane Ouattara, pour le camp de ce dernier. Comment jugez-vous le positionnement de l’ONU ?

Véronique Tadjo : Le problème à l’heure actuelle, c’est qu’on a l’impression qu’elles sont là pour le camp Ouatarra puisqu’elles lui apportent un soutien à la fois sécuritaire et logistique. Il faut dire qu’on ne voit pas comment elles feraient autrement. L’ONU et la communauté internationale reconnaissent Ouattara comme le président élu de la Côte d’Ivoire et demandent à Gbagbo de renoncer au pouvoir. Il y a donc déjà une ligne à suivre. Ceci dit, les forces onusiennes doivent absolument rester dans le pays car sans elles, ce serait pire.

Michel Galy : Comme je le disais plus haut, l’Onuci s’est à ce point engagée dans le conflit politique et militaire ivoirien que des politologues comme Bertrand Badie ont souligné que toute élection ne devenait que « la continuation de la guerre par d’autres moyens », et que l’Onu se transforme en « faction combattante » comme autrefois l’Ecomog au Liberia et en Sierra Leone. L’Onuci pourrait-elle alors organiser de nouvelles élections ? Cela me parait d’autant plus difficile qu’un problème se pose : c’est ce que j’ai appelé la « gouvernance par la violence », dans le nord de la Côte d’Ivoire. Au nord, depuis 2002, il n’y a aucune opposition crédible, en tous cas civile et politique, ce qui n’a pas empêché les Forces nouvelles de mener une guerre fratricide avec le sergent-chef Ibrahim Coulibaly. Je dirais qu’il y a un triple pouvoir au nord : l’armée rebelle qui trafique tout ce qu’elle peut (cacao, diamant, etc...), le pouvoir central redéployé avant l’élection - qui est un pouvoir largement fictif -, et les ONG qui gèrent tant bien que mal la population civile, notamment du point de vue de la santé. Donc avant qu’il y ait des élections, il faudrait une normalisation de la zone nord. Ce retour à la paix civile est un préalable à des élections représentatives. Actuellement, on est au stade d’une guerre civile commençante et notamment d’une guérilla urbaine. En admettant qu’il y ait un retour à la paix civile, il faudrait des années pour parvenir à ce schéma d’un pays pacifié et prêt à de nouvelles élections.

RFI : Votre point de vue sur le rôle de la diplomatie française dans la crise ivoirienne ?

 

Michel Galy : La diplomatie française marche par à-coups, par décision brusque, par déclarations péremptoires. La Libye aujourd’hui, c’est ce qu’était la Côte d’Ivoire en décembre. On donne des délais aux leaders pour quitter le pouvoir et ce n’est pas toujours suivi d’effet. Je retiens, malgré l’interventionnisme auprès des Nations unies et de la Cédéao, qu’il y a une retenue louable de la force Licorne si l’on se réfère à la répression sanglante de 2004 menée par l'armée française, autour de l’hôtel Ivoire et des ponts d’Abidjan, après le bombardement de la base française de Bouaké [et la mort de dix soldats français].

Véronique Tadjo : La diplomatie est par essence secrète. Cependant, on remarque qu’officiellement, le gouvernement français préfère se ranger derrière les décisions de la Cédéao et de l’Union africaine, dans une certaine mesure. Néanmoins, vu les relations étroites qui lient la France à ses anciennes colonies, on devine que son influence reste très grande dans les prises de position. Il est évident, que le danger pour la France, c’est que la force Licorne ait à répondre à une provocation venant des forces loyalistes. Il faut l’éviter à tout prix. Les Casques bleus sont également dans une situation très précaire par rapport à leur présence autour du l’Hôtel du Golf où Ouattara et son gouvernement sont retranchés. Ils ne peuvent pas se permettre de tirer sur un groupe de jeunes patriotes prêts à tout.

RFI: Autre coût pour les populations ivoiriennes : le coût économique et social. Avec les diverses sanctions, l’économie tourne au ralenti, le système bancaire et la plus grande partie des transferts d’argent sont bloqués, le chômage augmente, les médicaments commencent à manquer. Votre avis sur ces sanctions ?

Véronique Tadjo : La Côte d’Ivoire est frappée par toutes sortes de sanctions dont les répercutions sont très graves pour la population. En effet, ceux qui sont  touchés le plus durement par ces mesures se trouvent essentiellement dans la classe moyenne et dans les couches défavorisées. Les sanctions sont supposées cibler Gbagbo et son entourage, mais ils arrivent à s’en sortir, car ils peuvent fonctionner en autarcie puisqu’ils en ont les moyens financiers. Ils ont également montré, depuis plus de trois mois que la crise postélectorale dure, qu’ils possèdent une redoutable capacité de résistance.

Michel Galy : A mon sens les sanctions de ce type ne touchent que les plus pauvres,

comme on l’a vu dans d’autres pays, comme l’Irak. Ce qui est particulièrement scandaleux, c’est l’embargo sanitaire sur les médicaments de la part de l’Union européenne. Soit la population ne se soigne pas, soit elle a recours des médicaments parallèles, comme ceux qui viennent du Nigeria ou du Ghana et qui sont frelatés.

 

RFI: La Côte d’Ivoire est-elle à la veille d’une guerre civile généralisée ?

Michel Galy : C’est vrai qu’on assiste à une guérilla urbaine, du type de qui s’est passé à Brazzaville, opposant des quartiers qui tendent à devenir de plus en plus homogènes, et que la guerre civile s’étend à l’ouest, à la frontière du Libéria. On assisterait donc à une « libérianisation » de la guerre, avec implication, des deux côtés, de ces guerriers nomades dont j’ai longtemps parlé qui viennent du Libéria et de forces armées rebelles qui viennent du nord, on laisse le mystère sur le fait de savoir s’il viennent d’autres pays d’Afrique de l’Ouest ou non. Et donc, il y a des dangers d’embrasement généralisé. Pour autant, à mon sens, le pire viendrait d’une intervention militaire ouverte Onuci, Licorne, Cédéao. Pour les morts de ce début de guerre civile , il faut peser la part des choses. Quand on dit 400 morts, tous ne sont pas à attribuer au camp Gbagbo, il y a un équilibre à tenir - c’est ce que dit le dernier rapport d’Amnesty International - dans les exactions, les blessés, les viols, les morts, dus à l’action des deux camps. Ce sont ceux qui ont mis à feu et à sang Abobo et Abidjan qui sont responsables des morts civils, du moins du point de vue politique.

Véronique Tadjo : Une guerre civile généralisée est ce qu’il faut craindre de plus en plus si l’embargo militaire continue à ne pas être respecté par les deux belligérants. Mais il est plus probable que l’on s’achemine vers une situation de non guerre et de non paix, où il y aura des foyers de tension, des violations de droits de l’homme et des massacres à grande échelle qui rendront le pays ingérable. On risque d’arriver à une balkanisation de la Côte d’Ivoire avec différentes factions militaires défendant leurs territoires comme cela s’est passé au Libéria. Il y a également la probabilité d’un coup d’état militaire en réponse à l’échec démocratique. C’est pourquoi face à tous ces scénarios-catastrophes, il est urgent que la communauté internationale, l’Union africaine et la Cédéao sortent des sentiers battus afin de faire des propositions nettement plus innovantes. Laurent Gbagbo doit céder le pouvoir, c’est certain. Mais Alassane Ouattara doit renoncer également au pouvoir dans l’intérêt supérieur de la nation. »

 

 

4.9 Rapport d’Amnesty International. Rapport de mission en Côte d’Ivoire  22 février 2011. Index Al : AFR 31/001/2011

Une équipe de chercheurs d'Amnesty International vient de rentrer de Côte d'Ivoire où ils ont enquêté sur les violations des droits humains liées à l'élection présidentielle controversée de novembre 2010 qui a opposé le président sortant Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara internationalement reconnu comme le vainqueur de l'élection.

L'équipe a mené ses recherches à Abidjan, la capitale commerciale, et dans une partie de l'ouest du pays, contrôlée soit par les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo soit par les Forces Nouvelles, qui soutiennent actuellement Alassane Ouattara. Les Forces nouvelles sont un groupe d'opposition armé qui a pris le contrôle du nord et d'une partie de l'ouest du pays depuis l'insurrection armée de septembre 2002.

L'équipe de chercheurs d'Amnesty International a enquêté sur les violations et les atteintes aux droits humains commises tant par les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo que par les Forces Nouvelles. Ces atteintes aux droits humains incluent des exécutions extrajudiciaires, des mauvais traitements, des détentions arbitraires, des disparitions et des violences sexuelles y compris des viols.

L'équipe a notamment enquêté sur de nombreuses violations et atteintes aux droits humains commises avant, pendant et après la marche du 16 décembre 2010 organisée à Abidjan par des partisans du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP- la coalition qui soutient Alassane Ouattara). Durant cette marche, des heurts violents ont opposé les manifestants et les forces de sécurité. Des dizaines de manifestants non armés ont été tués, arrêtés, et maltraités par les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo et trois policiers ont été tués au PK 18 (une banlieue d'Abidjan) par des manifestants munis d'armes à feu.

De plus, l'équipe a enquêté sur les conflits intercommunautaires dans la partie ouest du pays, qui ont poussé quelque 70 000 personnes à fuir leurs foyers. La moitié d'entre elles ont cherché refuge dans des camps pour personnes déplacées ou sont restées chez leurs proches dans d'autres villages ; l'autre moitié a fui vers les pays voisins et notamment le Libéria.

Le rapport présente certaines conclusions clé de la mission. Un document plus long sera bientôt publié, il rendra compte d'autres événements importants qui ont eu lieu dans le pays.

I. Les violations des droits humains commises par les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo

Les délégués d'Amnesty International ont enquêté sur des allégations d'exécutions extrajudiciaires, sur l'usage excessif de la force et sur des viols commis par les forces de sécurité, à Abidjan.

Exécutions extrajudiciaires et usage excessif de la force

Amnesty International a enquêté sur des exécutions extrajudiciaires de personnes tuées aussi bien au cours de manifestations qu'à leur domicile.

Un témoin a déclaré à Amnesty International :

« La nuit du 5 au 6 décembre, un groupe important de membres des forces de sécurité est venu chez nous, certains étaient en uniformes et d'autres en civil ; nous n'avons pas ouvert mais de la fenêtre nous avons pu voir sept cargos (véhicules pick-up). Quand nous avons pensé qu'ils étaient partis, nous avons ouvert la porte et moi et mon frère, Fofana Youssouf, sommes sortis mais les forces de sécurité étaient toujours là et ont commencé à tirer. Nous sommes rentrés en vitesse dans la cour et mon frère a été blessé. Il est mort peu de temps après. »

Le 19 janvier 2011, Bamba Mamadou, surnommé Solo, qui était un joueur de football, a été frappé alors qu'il était à terre puis a été abattu par les forces de sécurité patrouillant à Banfora Adjamé, un quartier d'Abidjan.

Un témoin oculaire, a dit à Amnesty International :

« Entre 7 et 8 heures du matin, j'ai vu des membres des forces de sécurité dans une voiture tirant en l'air. Puis j'ai vu quatre personnes dont trois corps habillés donnant des coups de poings et des coups de pied à Mamadou qui était couché par terre. Un autre membre des forces de sécurité l'a abattu »

Les chercheurs d'Amnesty International ont soulevé ce cas avec les autorités compétentes et ont rencontré le gendarme qui a tiré sur Bamba Mamadou. Le gendarme a affirmé que Bamba avait une machette et l'avait blessé à la main droite avec un couteau. C'est alors qu'il a tiré et qu'il l'a tué.

Violences sexuelles et viols :

Amnesty International a enquêté sur plusieurs cas de viols commis, à Abidjan, par les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo. Une des victimes de viol a dit à Amnesty International :

« Le 19 décembre, ils sont venus chez moi à Abobo. Ils sont venus au milieu de la nuit ; je dormais avec mon mari et les enfants. Ils ont frappé à la porte. La porte donne sur la rue. On n'a pas ouvert. Ils ont cassé la porte ; la porte était en bois. Ils sont rentrés ; ils étaient huit ; quatre en civil et quatre corps habillés, en treillis foncé et cagoules. Deux ont emmené mon mari dehors et six sont venus vers moi. Ils m'ont demandé de me déshabiller et lorsque je ne l'ai pas fait et ils se sont jetés sur moi. Ils m'ont tous violée à tour de rôle. Ils ont jeté les enfants par terre. Les enfants pleuraient. Moi je criais. Je ne sais pas ce qu'ils ont fait à mon mari. Après j'ai entendu deux coups de feu. Puis ils sont partis et j'ai trouvé mon mari couché dehors sur le ventre. Il était mort. Les gens qui m'ont violée m'ont dit que si je voulais me plaindre, je n'avais qu'à aller voir ADO [Alassane Dramane Ouattara]. »

Disparitions

Un certain nombre de personnes ont disparu après avoir été arrêtées par les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo. La plupart de ces cas sont survenus durant la manifestation du 16 décembre 2010. L'un de ces disparus, Dao Sago, né en 1971 à été arrêté ce jour-là, pendant la marche.

Un témoin oculaire a dit à Amnesty International :

« Un groupe de membres des forces de sécurité et de miliciens l'ont arrêté, ils l'ont déshabillé et ont commencé à le frapper avec des gourdins et des crosses de fusil. Nous avons pris la fuite, puis je l'ai appelé sur son portable. Une autre personne m'a répondu et m'a dit que Dao était en train d'être tué. Nous l'avons cherché partout, dans les commissariats de police et les morgues, mais nous ne l'avons pas trouvé ».

Selon certaines informations, Dao Sago, serait détenu avec 50 autres personnes au quartier général de la Garde républicaine.

Mauvais traitements

Amnesty International a enquêté sur un certain nombre de cas de personnes qui ont été frappées et maltraitées au moment de leur arrestation et à leur arrivée dans un centre de détention. Deux journalistes, Sanogo Aboubakar et Kangbe Yayoro Charles Lopez, travaillant pour une chaine de télévision basée à Bouaké (le bastion des Forces Nouvelles) ont été arrêtés le 28 janvier 2011, à Abidjan, par les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo. Amnesty International a rencontré les journalistes en détention.

L'un d'entre eux a dit à Amnesty International :

« Ils ont commencé à nous battre, ils étaient une trentaine autour de nous. Nous étions au milieu et ils nous donnaient des coups avec leurs rangers, ils nous frappaient avec leur poings, ils nous donnaient des gifles, cela a duré environ une trentaine de minutes. L'un d'entre eux m'a étranglé, j'ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, ils m'ont battu avec des barres de fer et m'ont brûlé à trois reprises avec des cigarettes ».

Amnesty international demande que ces deux journalistes soient immédiatement remis en liberté ou soient inculpés sans délai d'une infraction dûment reconnue par la loi.

II. Atteintes aux droits humains commises par les Forces Nouvelles (FN)

L'équipe de chercheurs d'Amnesty International a recueilli des témoignages fiables faisant état de viols, de détentions arbitraires et de mauvais traitements commis par des membres des FN dans des zones sous leur contrôle.

Depuis que les FN ont pris le contrôle de certaines régions du pays en septembre 2002, ces zones sont marquées par une absence de tout système judiciaire et de tout mécanisme assurant l'obligation de rendre des comptes. Les commandants des FN sont, ainsi, tout puissants dans leurs zones et les habitants n'ont aucune voie de recours.

Homicides arbitraires et délibérés

En octobre 2010, des membres des FN ont sommairement exécuté onze hommes qu'ils avaient détenus et qui étaient accusés d'être des « coupeurs de route » et d'avoir assassiné plusieurs voyageurs à Touba (environ 680 km à l'ouest d'Abidjan). Bien que ces assassinats aient été publiquement connus (des membres des FN ont eux-mêmes filmé ces tueries, y compris les cadavres des 11 personnes abattues), aucune mesure concrète ne semble avoir été prise par les dirigeants des FN pour demander des comptes aux auteurs de ces actes.

Détention arbitraire et mauvais traitements

À Mahapleu, un village situé entre les villes de Man et de Danane (à environ 600 km à l'ouest de Abidjan) dans lequel la plupart des habitants auraient voté pour le président sortant Laurent Gbagbo, neuf hommes ont été détenus par les FN à la mi-janvier 2011. Ils ont été durement frappés et maltraités pendant plusieurs jours. Ils ont finalement été libérés sans inculpation ni procès mais ont été l'objet de menaces et la plupart d'entre eux ont dû quitter leurs maisons.

L'un d'entre eux a dit à Amnesty International :

«Ils m'ont emmené dans l'ancien centre médico-social qu'ils utilisent maintenant comme base militaire ; ils m'ont frappé très durement avec leur crosse de fusils et m'ont marché dessus. Ils m'ont mis dans deux grands sacs (les sacs utilisés pour le riz) et ont attaché les sacs avec une corde autour (comme une momie) pour que je ne puisse pas bouger les mains et les jambes. Puis ils m'ont frappé et menacé de mort ».

Viols

Également en janvier, dans le même village, une femme et une adolescente âgée de 15 ans, ont été violées par un commandant des FN. La jeune fille a raconté à Amnesty International :

« Je rentrais chez moi, vers 16 heures. Le commandant FN m'a forcé à monter dans son véhicule, m'a emmenée dans la brousse, à l'extérieur du village, et m'a violée à l'arrière du véhicule. Après, il m'a mise dehors et m'a laissée là bas. J'ai marché jusqu'à chez moi. J'ai dis à une de ses amies ce qu'il avait fait. La nuit, il est venu chez nous. Moi j'ai fui dans la brousse, à côté de la maison, avec un grand frère. Quand ma maman a dit que j'étais sortie, le commandant a vu la femme de mon frère et il l'a frappée. Il a dit qu'elle savait où j'étais. Ensuite, ils ont arrêté mon frère et mon père.  Je ne peux plus retourner chez moi, je me cache chez des parents très loin. »

Des réfugiés libériens pris pour cible

Après la marche du 16 décembre 2011, des sympathisants du RHDP s'en sont pris à des réfugiés libériens vivant à Abidjan depuis plusieurs années ou décennies qu'ils ont accusés d'être des « mercenaires » engagés par les forces loyales à Laurent Gbagbo.

Un des réfugiés a dit à Amnesty International :

« Le 17 décembre, vers 19 heures, cinq personnes sont entrées dans notre cour commune et ont demandé les Jeunes Libériens'. Ils m'ont tiré hors de ma chambre, m'ont battu avec un bâton et m'ont accusé d'être un mercenaire. Je les ai supplié de me laisser et leur ai dit que je vivais en Côte d'Ivoire depuis vingt ans après avoir perdu mes parents dans le conflit libérien. J'ai perdu ma maison et j'ai besoin de protection. »

 

III. Violences intercommunautaires et viols dans l'ouest

La délégation d'Amnesty International s'est également rendue dans l'ouest du pays, une zone contrôlée en partie par les forces loyales à Laurent Gbagbo et en partie par les FN. Cette région est depuis longtemps en proie à des tensions intercommunautaires entre des groupes ethniques qui ont été exacerbées par l'actuelle impasse politique. Cette situation a eu pour conséquence que quelque 70 000 personnes ont fui leur maison. La moitié d'entre elles ont cherché refuge dans des camps pour personnes déplacées situées non loin de leur zone d'habitation ou sont allées vivre chez des proches dans d'autres villages. L'autre moitié a fui la Côte d'Ivoire pour trouver refuge dans les pays voisins, notamment le Libéria.

En janvier 2011 à Duékoué (à environ 500 km à l'ouest d'Abidjan), environ 40 personnes ont été tuées dans de violents heurts intercommunautaires, des centaines de maisons ont été brûlées, et des milliers de personnes ont trouvé refuge dans des camps pour personnes déplacées dans l'ouest du pays.

Les personnes ont été ciblées en raison de leur appartenance ethnique. Certaines ont été tuées et des maisons et propriétés ont été incendiées et pillées. Les quartiers habités par une communauté ont été brûlés par l'autre. Dans des quartiers mixtes les maisons ont été ciblées en fonction de l'appartenance ethnique et des affiliations politiques présumées de leurs habitants. Presque toutes les personnes interrogées par Amnesty International, à Duékoué, ont décrit leurs agresseurs en utilisant des termes ethniques, soit les « Dioulas » (considérés comme les partisans de Ouattara) ou les « Guérés » (considérés pour être les partisans de Gbagbo).

Les populations locales avec lesquelles Amnesty International s'est entretenue à Duékoué ont indiqué que les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo étaient incapables ou peu disposées à intervenir pour empêcher les attaques par l'un ou l'autre camp.

Une femme guèré a dit à Amnesty International :

« Quand les Malinkés (Dioulas) sont venus pour attaquer le quartier, je me suis réfugiée dans la maison d'une famille voisine venant du Burkina Faso. Les Malinkés sont venus demander s'il y avait de Guérés, pour les faire sortir et les tuer. Mon hôte a dit qu'il y avait seulement des étrangers ici, que des Dioulas. Il m'a ensuite aidé à quitter le quartier et je suis venue ici, à la mission catholique ».

La plupart des victimes, à Duékoué, faisaient partie de la communauté guèré, mais des membres de la communauté dioula ont, également, été attaqués.

Un témoin a dit à Amnesty International :

« Ceux qui sont venus attaquer notre quartier le lundi 3 janvier, je les connais personnellement. C'est ce qui m'a sauvé la vie. Je les ai suppliés d'épargner ma maison et ils l'ont fait. Mais ils ont brûlé toutes les maisons des personnes qui n'étaient pas des Guérés. Ils ont tué un voisin, un Guinéen, il était venu rendre visite à un ami malien. Quand ils sont arrivés, il s'est caché derrière la porte, ils l'ont attrapé et l'ont tué. Ils lui ont coupé la main et le pénis et mis son pénis au bout de leur fusil. »

Plusieurs femmes Guérés ont dit à Amnesty International qu'elles avaient été attaquées et victimes de viols collectifs dans leurs propres maisons qui étaient ensuite incendiées.

« Le mardi 4 janvier, dans l'après-midi, ça tirait et nous nous sommes cachés dans la maison. Nous étions beaucoup parce que d'autres voisines étaient venues se cacher chez nous, dans la cour de mon père. Ils ont cassé la porte et sont rentrés et ont commencé à frapper les garçons et violer les femmes. Ils étaient Dioulas, habillés avec des boubous (habit traditionnel) et avaient des gris-gris. Plusieurs femmes ont été violées dans notre maison. Ils ont poussé quelques garçons dehors et ont frappé des femmes enceintes. J'ai été violée par trois hommes ; ils nous ont dit de nous coucher par terre et ont dit -. 'On va vous tuer'.  Le même soir nous avons fui. Nous sommes allés à la mission catholique, en ville, mais il n'y avait pas de place et maintenant on est chez ma grande sœur au quartier Carrefour ; elle nous a prêté une toute petite chambre de sa maison. »

Les délégués d'Amnesty International ont par la suite accompagné cette femme jusqu'à sa maison incendiée dans le quartier Toguéi de Duékoué. Toguéi n'est à présent qu'un amas de décombres de maisons incendiées et les seules personnes qui s'y trouvent sont des personnes n'appartenant pas à l'ethnie guère.

Une femme guère qui se trouve à présent à Abidjan après avoir fui son village a dit à Amnesty International :

« Le lundi 3 janvier, ils sont venus très tôt le matin. J'étais dans ma maison dans la cour de mon père avec ma maman, ma grande sœur, mes petits frères. J'étais seule dans ma maison. La cour n'est pas clôturée. Ils avaient des couteaux et des machettes. Ils ont cassé la porte de ma maison et sont tombés sur moi. Ils s'étaient masqués le visage avec du charbon. Ils n'ont rien dit ; ils se sont jetés sur moi ; ils ont fait n'importe quoi avec moi. Ils m'ont violée, trois ou quatre d'entre eux. Ils ont brûlé ma maison, la maison de ma famille et ils ont tué mon frère. Ils ont tout volé dans mon magasin et puis ils l'ont brûlé. Le même jour nous avons fui, avec ma maman et la femme de mon frère et ses enfants. On est partis dans la brousse ; nous sommes allés dans un petit village et le lendemain on est venu ici. »

Dans la partie ouest du pays, il y a eu, au cours des derniers mois, une nette augmentation du nombre de cas de femmes attaquées et violées signalés. La plupart des victimes ont été agressées alors qu'elles se rendaient au marché. De telles attaques sont perpétuées par les « coupeurs de routes ». Les responsables de ces actes ne sont pratiquement jamais recherchés et appréhendés et les victimes n'ont aucun espoir d'obtenir justice et réparation.

Recommandations:

Amnesty International demande à Laurent Gbagbo et aux forces de sécurité de:

Donner des instructions publiques claires à toutes les forces de sécurité pour qu'elles respectent le droit ivoirien et la législation relative aux droits humains, et préciser que les personnes responsables d'avoir ordonné, exécuté, ou de ne pas avoir empêché toute exaction, en particulier celles impliquant des meurtres, des disparitions ou des violences sexuelles, devront rendre des comptes devant la justice.

Prendre sans délai des mesures pour mener des enquêtes indépendantes, impartiales et exhaustives sur les très graves violations humaines et de traduire en justice les responsables de ces actes.

Révéler sans délais le sort réservé aux personnes disparues et le lieu où elles se trouvent après avoir été arrêtées par les forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo.

Amnesty International demande aux Forces Nouvelles de :

Donner des instructions publiques claires à leurs membres armés pour qu'elles respectent la législation relative aux droits humains, et faire comprendre que les personnes responsables d'avoir ordonné, exécuté, ou de ne pas avoir empêché toute exaction, en particulier celles impliquant des homicides délibérées et arbitraires meurtres, des violences sexuelles devront rendre compte de leurs actes.

Amnesty International exhorte les dirigeants des Forces Nouvelles à exercer un contrôle hiérarchique strict sur leurs forces et à tenir pour responsables de ses actes tout membre ayant commis ou laissé commettre des atteintes aux droits de l'homme. En outre, les dirigeants des Forces doivent veiller à ce que toute personne soupçonnée de tels agissements soit écartée de toute fonction de commandement et de tout poste qui lui donnerait la possibilité de commettre à nouveau des atteintes aux droits humains. »

 

 

 

 



[1] D’après l’ancien ministre turc des Affaires étrangères Yasser Yakis « La résolution 1973 des Nations Unies ne permet pas ce qui se passe en Libye ».

[2] De l’usage du drapeau Français : puisque l’époque est propice à l’indignation, s’agissant de la Libye relevons que le Premier Ministre François Fillon, le 22 mars 2011, à la tribune de l’Assemblée Nationale, a justifié l’intervention militaire de la France, entre autres considérations, car « les insurgés ont hissé le drapeau français »! Dans les années 1999-2000 l’île d’Anjouan, aux Comores, avait appelé à l’aide et aussi hissé le drapeau tricolore en vain. Dix ans plus tard les Mahorais (Mayotte) eux ont obtenu gain de cause et l’intégration dans la République Française.

 

 

[8]  http://news.abidjan.net/h/382976.html

[9] Est-il farfelu de rapprocher ces évènements de certains comportements de monsieur Nicolas Sarkozy, comme la saute d’humeur l’ayant conduit à un licenciement immédiat d’un préfet de Corse apprécié, suite à l’intrusion non violente de nationaliste corses dans la villa de son ami le comédien Christian Clavier ?

[10] Atlaséco 2011, Le Nouvel Observateur 2011.

[11] La Côte d’Ivoire par Gabriel Rougerie, PUF 1972.

[12] Atlaseco 2011. Le Nouvel Observateur, 2011

 

[13] D’après Wikipedia (mars 2011) : Nom de la page : Histoire de la Côte d'Ivoire

Crédit à insérer : Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr) Source : Article Histoire de la Côte d'Ivoire de Wikipédia en français (http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_C%C3%B4te_d%27Ivoire).

 

 

[14] Ethnie de monsieur Laurent Gbagbo

[15] D’après Wikipedia (mars 2011) (avec corrections de forme): Nom de la page : Histoire de la Côte d'Ivoire. Crédit à insérer : Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr) Source : Article Histoire de la Côte d'Ivoire de Wikipédia en français (http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_C%C3%B4te_d%27Ivoire).

 

[16] D’après Wikipedia (mars 2011) (avec corrections de forme): Nom de la page : Histoire de la Côte d'Ivoire. Crédit à insérer : Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr) Source : Article Histoire de la Côte d'Ivoire de Wikipédia en français (http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_C%C3%B4te_d%27Ivoire).

[17] Prévoyant la mise en œuvre du processus de DDR (Désarmement, Démobilisation, Réintégration) et l’intégration de tous les partis (dont les ex-rebelles) dans le gouvernement.

[18] Nom de la page : Ivoirité (extrait). Crédit à insérer : Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr) Source : Article Ivoirité de Wikipédia en français (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivoirit%C3%A9).

[22] SURVIE, association 1901. Contact presse : Stéphanie Dubois de Prisque

Chargée de communication : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. 01 44 61 03 25 / 06 89 31 17 18

http://survie.org/francafrique/cote-d-ivoire/article/cote-d-ivoire-la-france-pyromane

 

 

 

[30] http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2607p018-019.xml2/